Et l'Élu arriva. Le secret avait beau être éventé depuis longtemps, il y avait presque quelque chose de religieux dans le silence qui régnait dans l'auditorium du siège de la Fédération Française de Football (FFF), au moment où Zinédine Zidane est apparu ce mardi matin. L'instant est solennel et ne peut laisser personne indifférent : ça y est, l'icône nationale est le nouveau sélectionneur de l'équipe de France. Une « évidence », comme l'a rappelé le président Philippe Diallo en introduction, mais qu'on demandait à voir de ses yeux pour être bien certain que ça ne reste pas un mirage.
Un rêve enfin réalisé
« Quelque chose de très fort pour moi », a confié Zidane, visiblement ému. La France en rêvait, mais peut-être moins que l'intéressé. L'ancien numéro 10 (108 sélections) avait préparé son discours, mais sa spontanéité a pris le dessus quand il lui a été demandé si c'était le plus beau jour de sa carrière d'entraîneur. « Oui », n'a-t-il pas pu s'empêcher de lâcher alors que la question n'était même pas finie. Zizou, vainqueur de trois Ligues des champions et deux Ligas à la tête du Real Madrid, mourait d'envie d'être là.
« La plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie, c'est de gagner avec les copains, en 1998, grâce à Aimé [Jacquet], tout son staff, toutes ces personnes qui ont œuvré pour qu'on puisse gagner chez nous, a-t-il poursuivi dans un sourire. J'ai passé ces cinq dernières années à attendre ce jour, et là ça devient réalité. Je suis ému, vous ne pouvez pas le voir mais je suis tout excité. C'est quelque chose de très fort pour moi aujourd'hui. » Qu'il se détrompe, cela sautait aux yeux, dans ses attitudes et son regard.
Un choix mûrement réfléchi
Depuis qu'il a terminé son deuxième passage à la tête du Real Madrid, en 2021, Zidane a eu des offres pour prendre en main des clubs, bien sûr. Il les a toutes balayées, car il n'avait que les Bleus en tête. « C'est la seule chose que je voulais faire après le Real », a-t-il souvent répété lors de cette conférence de presse. Et quand Didier Deschamps a annoncé en janvier 2025 qu'il laisserait la place, tout s'est mis en branle.
« Dès le lendemain, j'étais animé par l'envie d'être le suivant, a-t-il expliqué. Cette équipe, je l'ai connue gamin, j'ai franchi toutes les étapes jusqu'aux A. C'est le summum. Je vais tout donner pour la faire continuer à gagner, c'est la seule chose qui m'anime. » La voix est assurée. À 54 ans, le Marseillais est désormais en mission.
Un défi exposé aux critiques
Sa tâche ne sera pas simple. Zidane est plus qu'une légende en France, il fait partie du patrimoine. En devenant sélectionneur, il revient parmi les simples mortels, à un poste très exposé. À Madrid, malgré les succès, il n'avait pas été épargné, mais on regardait ça d'un peu loin. Il sera désormais au centre de tout, en charge d'une équipe scrutée sous toutes les coutures. Cela va faire de lui un sujet de débats, voire de critiques. « Je suis prêt pour le défi », a-t-il certifié, ne cachant pas sa hâte de se retrouver au front.
« Il arrive en toute logique et en toute légitimité. Reste que maintenant, il va être à l'épreuve du terrain, nous confiait Philippe Tournon, attaché de presse historique des Bleus (1983-2006 puis 2010-2018). On va voir avec qui il va s'entourer, comment il va gérer les rassemblements, les entraînements, les demandes des joueurs, les petites rivalités de vestiaire. Ça me passionne de voir comment Zizou va prendre la dimension de ce poste qui ne ressemble à aucun autre. »
Premiers rendez-vous : Turquie et Italie
C'est à partir du 20 septembre que le Ballon d'or 1998 entrera pour de bon dans le costume. Un rassemblement de trois semaines l'attend, grande nouveauté du calendrier international qui va le servir. Il va pouvoir s'installer, définir les priorités, expliquer son projet aux joueurs et aux amoureux des Bleus. Il n'a pas voulu entrer ce mardi dans le détail de ce qu'il compte faire, renvoyant à cette rentrée. « Je ne peux pas vous dire comment on va gagner comme ça, en deux mots, a-t-il éludé. Ce que je sais, c'est qu'on a la matière, une équipe extraordinaire. »
Interrogé sur la défaite en demi-finale de la Coupe du monde contre l'Espagne, pays où il vit depuis vingt-cinq ans, l'ancien capitaine ne s'est pas risqué à une critique de l'approche de Deschamps, dont il a au contraire salué le travail, les résultats et le jeu produit. Zidane ne pense qu'à la Turquie, son baptême du feu programmé le 25 septembre à Izmit, et aux trois matchs qui suivront. Dont celui, forcément spécial, contre l'Italie le 2 octobre. Son dernier adversaire en tant que joueur, il y a vingt ans, en finale de Coupe du monde. Son premier en tant que sélectionneur, à la maison, au Stade de France.
Un accueil populaire inédit
On imagine d'ici l'accueil spécial qui lui sera réservé. Car s'il fallait encore un signe que cette nomination est un événement hors norme, on l'a trouvé en sortant du siège de la FFF, boulevard de Grenelle, sur les coups de midi. Une cinquantaine de membres des Irrésistibles Français, le principal groupe de supporters des Bleus, étaient présents, mégaphone et tambours dans les mains, pour chanter à la gloire de Zizou. Une grande première pour une intronisation – organisée avec la bénédiction de la Fédération, qui entend capitaliser sur l'aura unique de son nouveau sélectionneur.
Rejoints par des curieux, les IF ont attendu que l'idole du peuple sorte des locaux pour lui souhaiter la bienvenue. Zidane est alors allé à leur rencontre pour leur glisser un petit mot, signer des dizaines d'autographes et poser pour au moins autant de selfies. La scène a duré un bon quart d'heure, sous la surveillance des CRS, qui avaient déployé une quinzaine de camions pour quadriller le périmètre. Voilà qui annonce ce qui nous attend pour au moins les quatre ans à venir : pour la première fois dans l'histoire de l'équipe de France, son sélectionneur va déclencher autant de passion que ses grandes stars.



