Le saviez-vous ? Matthias Sindelar, surnommé le Mozart du football autrichien, est une figure emblématique de la résistance au nazisme. Sa mort, survenue le 23 janvier 1939 à Vienne, reste entourée de mystère. Héros du match contre l'Allemagne nazie en 1938, il meurt quelques mois plus tard dans des circonstances jamais élucidées.
Une mort mystérieuse
Quand le corps de Matthias Sindelar est retrouvé sans vie avec celui de sa compagne juive italienne Camilla Castagnola dans leur appartement de Vienne, où ils vivaient cachés, la version officielle évoque une asphyxie due à une cheminée défectueuse. Mais accident, suicide ou assassinat ? Nul ne le saura jamais, et les doutes persistent.
Le camouflet du 3 avril 1938
Quelques mois avant sa mort, le 3 avril 1938, Sindelar défie le régime nazi. Lors d'un match amical entre l'Autriche, récemment annexée, et l'Allemagne d'Hitler, baptisé Anschlussspiel, il inscrit le premier but de la formation autrichienne qui s'impose 2-0. Un véritable camouflet pour les Allemands.
Le refus de la sélection allemande
Après l'annexion, plusieurs joueurs de la Wunderteam autrichienne (qui n'avait perdu qu'un match en 31 rencontres entre 1931 et 1934) rejoignent l'équipe allemande. Mais pas Matthias Sindelar. Prétextant une vieille blessure ou son âge avancé (34 ans), il refuse la sélection et manque ainsi la Coupe du monde 1938.
Le journaliste sportif autrichien Willy Meisl explique : « Il méprisait profondément les nazis. Je ne sais pas s'il avait bien mesuré les implications de son attitude, mais il se sentait incompatible avec ce régime. »
Le sélectionneur allemand Sepp Herberger (en poste de 1936 à 1942 puis de 1950 à 1964) ajoute : « J'ai essayé plusieurs fois de le faire changer d'avis, mais j'ai compris qu'il avait beaucoup de raisons de décliner. Il était mal à l'aise et rejetait les conséquences politiques de ce qui venait de se passer. »
Une vie de reclus
Surveillé par la Gestapo et fiché comme « sympathisant juif, tchèque et socio-démocrate », Sindelar mène une vie de reclus jusqu'à sa mort, qui alimente les fantasmes. Le jour de ses obsèques, plus de 15 000 Viennois bravent l'interdiction de manifester pour lui rendre hommage.
Pour en savoir plus : « L'homme qui n'est jamais mort », d'Olivier Margot, éditions JC Lattès, 2020.



