Bruxelles hausse le ton. Alors que la crise migratoire à Ceuta s'enlise, l'Union européenne a officiellement demandé, ce jeudi 7 août, aux plateformes Meta et TikTok de renforcer leurs dispositifs de surveillance et de vérification des faits. Objectif : endiguer la propagation de fausses informations qui attisent les tensions dans la région.
Une demande formelle de la Commission européenne
La Commission européenne a adressé une lettre aux directions de Meta et TikTok, les enjoignant à agir « immédiatement » pour lutter contre la désinformation liée à la situation à Ceuta. Selon des sources diplomatiques, cette démarche s'inscrit dans le cadre du Digital Services Act (DSA), qui impose aux très grandes plateformes de prendre des mesures proportionnées face aux risques systémiques.
Le commissaire européen chargé de la sécurité, cité dans le courrier, souligne que « la diffusion de contenus trompeurs sur les réseaux sociaux exacerbe les tensions et met en danger la sécurité publique ». Il demande notamment le renforcement des équipes de modération locales, la mise en place de signalements prioritaires pour les autorités espagnoles et marocaines, et une transparence accrue sur les algorithmes de recommandation.
Un contexte explosif à Ceuta
Depuis plusieurs jours, la ville autonome de Ceuta, enclave espagnole au Maroc, est le théâtre d'une crise migratoire sans précédent. Des milliers de migrants ont tenté de franchir la frontière, profitant de la porosité du dispositif de sécurité. Les autorités espagnoles ont déployé des renforts, mais la situation demeure tendue.
Sur les réseaux sociaux, des vidéos manipulées et des appels à la haine circulent massivement, notamment sur TikTok, où des challenges dangereux incitent à rejoindre les points de passage. Meta, propriétaire de Facebook et Instagram, est également pointé du doigt pour la lenteur de ses retraits de contenus signalés.
Des précédents qui inquiètent
Ce n'est pas la première fois que l'UE somme les géants du numérique de réagir face à une crise. En 2022, lors de l'invasion de l'Ukraine, des demandes similaires avaient été formulées, avec des résultats mitigés. Mais cette fois, la Commission menace d'activer des sanctions financières prévues par le DSA, pouvant aller jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial des entreprises concernées.
« Nous ne laisserons pas les algorithmes attiser la haine et la désinformation », a déclaré un porte-parole de la Commission, sous couvert d'anonymat. « Les plateformes ont des responsabilités légales, et nous sommes prêts à les faire respecter. »
Les plateformes réagissent
Contactées, les entreprises concernées ont indiqué qu'elles étudieraient la demande de Bruxelles. Meta a rappelé son engagement à lutter contre la désinformation, tout en soulignant les difficultés techniques de modération en temps réel. TikTok, de son côté, a affirmé avoir déjà supprimé des milliers de vidéos violant ses règles, et promis de renforcer ses effectifs de modérateurs dans la région.
Mais ces réponses peinent à convaincre les autorités espagnoles, qui dénoncent une « course-poursuite permanente » entre les contenus supprimés et ceux qui réapparaissent sous d'autres formes. Le gouvernement espagnol a d'ailleurs annoncé qu'il saisirait la justice si les plateformes ne coopéraient pas pleinement.
Un enjeu démocratique majeur
Au-delà de la crise immédiate, cette affaire met en lumière l'impact des réseaux sociaux sur les mouvements migratoires et la sécurité des frontières. Selon un rapport récent de l'Observatoire des migrations, près de 40 % des migrants interrogés ont déclaré avoir été influencés par des contenus vus sur les réseaux sociaux avant de tenter la traversée.
Les experts appellent à une régulation plus stricte, mais aussi à une éducation aux médias renforcée. « La vérification des faits ne suffit pas, il faut aussi que les utilisateurs développent un esprit critique », explique Maria Santos, chercheuse en sociologie numérique à l'université de Barcelone. « Les plateformes doivent rendre leurs algorithmes plus transparents, mais les citoyens doivent aussi apprendre à décrypter l'information. »
En attendant, l'UE espère que sa mise en demeure portera ses fruits rapidement. Le prochain rapport d'évaluation des mesures prises par les plateformes est attendu dans un mois. Si les progrès sont jugés insuffisants, des procédures formelles pourraient être engagées, ouvrant la voie à des amendes records.



