La FIFA n'a jamais été aussi riche, mais son président n'a jamais été aussi contesté. Gianni Infantino, réélu sans opposition en 2023, voit son autorité fragilisée par une stratégie commerciale jugée de plus en plus excessive. Alors que l'instance dirigeante du football mondial engrange des revenus records, les critiques fusent de toutes parts : clubs, ligues, fédérations et supporters dénoncent une dérive mercantile qui éloigne le football de ses racines.
Un bilan financier record
Selon les projections officielles de la FIFA, le cycle 2023-2026 devrait générer près de 11 milliards de dollars de revenus, un montant sans précédent dans l'histoire du sport. Ce succès financier repose notamment sur la vente des droits télévisés et la signature de partenariats majeurs avec des entreprises mondiales. La Coupe du monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, promet déjà d'être la plus lucrative jamais disputée, avec des prix record pour les participants.
Mais ces chiffres impressionnants ne suffisent pas à apaiser les inquiétudes. « La FIFA se comporte comme une multinationale dont l'objectif premier est la maximisation des profits, au détriment de l'éthique sportive », dénonce un collectif de fédérations européennes, sous couvert d'anonymat. Les critiques pointent du doigt un changement de nature profonde de l'institution, qui privilégierait les intérêts économiques à ceux des joueurs et des passionnés.
Une course à l'expansion critiquée
Le principal reproche fait à Gianni Infantino concerne sa volonté obsessionnelle d'accroître le nombre de compétitions. La Coupe du monde des clubs, élargie à 32 équipes à partir de 2025, a été imposée malgré l'opposition des ligues nationales et des syndicats de joueurs. Ce format alourdit un calendrier déjà surchargé, exposant les sportifs à des risques accrus de blessures et de surmenage.
De même, la décision de passer le Mondial à 48 équipes, effective dès 2026, a été perçue comme une manœuvre pour obtenir davantage de droits audiovisuels. Les experts estiment que cette expansion dilue la qualité sportive de la compétition. Des voix s'élèvent également contre la nouvelle Coupe du monde des clubs, considérée comme un simple outil commercial pour satisfaire les sponsors, avec des rencontres disputées en milieu de saison dans les pays du Golfe.
Un pouvoir de plus en plus contesté
Gianni Infantino, qui a survécu à des scandales et à des enquêtes, paraît aujourd'hui plus vulnérable que jamais. En 2024, une enquête du New York Times a révélé l'octroi de contrats lucratifs à des proches de l'entourage du président, suscitant de vives polémiques. Bien que la FIFPro, le syndicat mondial des joueurs, ait exprimé des réserves, la gouvernance de la FIFA demeure opaque, et les mécanismes de contrôle interne peinent à convaincre.
En Europe, les grandes ligues comme la Premier League et la Liga ont publiquement critiqué les décisions unilatérales de la FIFA. Des clubs historiques, réunis au sein de l'Association européenne des clubs, menacent de recourir à l'arbitrage international pour protéger leurs intérêts. La menace d'une scission entre le football européen et l'instance mondiale n'a jamais semblé si concrète.
Un avenir incertain
Face à cette crise de légitimité, Gianni Infantino tente de reconquérir l'opinion en vantant les investissements de la FIFA dans le développement du football amateur, avec des programmes comme « Football for Schools » ou le soutien aux fédérations africaines. Mais ses détracteurs restent sceptiques, soulignant que ces initiatives ne représentent qu'une part minime des budgets colossaux de l'organisation.
La prochaine assemblée générale de la FIFA, prévue à la fin de l'année 2026, pourrait être un moment décisif. Plusieurs fédérations, notamment nordiques, réclament une réforme en profondeur des statuts afin de limiter les pouvoirs du président et d'instaurer un véritable mandat limité. « Nous avons besoin d'une FIFA transparente et démocratique, pas d'une cour où les décisions se prennent dans l'opacité », déclare un responsable fédéral, sous couvert de réserve.
L'avenir de Gianni Infantino se jouera probablement dans les prochains mois. Sa « soif de profits », loin de le renforcer, pourrait bien sonner le glas de son règne. Reste à savoir si les vieux réseaux du football sauront se mobiliser pour imposer un changement de cap, ou si l'argent continuera de dicter sa loi.



