Publicité « On se kiffe, tout simplement »… Avant de commenter Espagne-Cap-Vert ce lundi à 18h, les commentateurs de BeIN Omar Da Fonseca et Benjamin Da Silva se confient. Commentateurs sur BeIN SPORTS depuis le lancement de la chaîne en 2012, notamment sur les matchs de Liga, Benjamin Da Silva et Omar Da Fonseca sont devenus l’un des duos les plus appréciés du paysage audiovisuel français. Avant de passer derrière le micro pour leur premier match du Mondial, ce lundi soir à 18h pour Espagne-Cap-Vert, le journaliste et l’ex-attaquant de l’AS Monaco ont accepté l’interview croisée.
Le 2 juin, l’appel WhatsApp avait été calé à 16h30. Permise par Vanessa, l’une des attachées de presse de BeIN SPORTS, la conversation a duré une demi-heure. On avait envie de comprendre le duo Da Fonseca-Da Silva. Avant de l’entendre commenter Espagne-Cap-Vert en fin d’après-midi, le binôme a tenté quelques pronostics. Il s’est raconté aussi, plus intime. Le journaliste et l’ancien attaquant de l’ASM (1986-88) ont été fidèles à ce qu’ils sont à l’antenne : deux amis chambreurs qui vivent le football avec légèreté et passion.
Un duo complice et chambreur
Benjamin, on a déjà eu la chance d’interviewer Omar pour parler de sa période monégasque. C’est une première pour vous : « Enchanté »…
Benjamin Da Silva : Ah ben écoute, je te rassure, ce sera plus facile avec moi. Il est connecté d’ailleurs l’Argentin ? Il fait le timide, je ne l’entends pas.
Omar Da Fonseca : Je suis là, je mange un petit gâteau.
B. D. S. : Ah ben bravo. Omar, je t’ai déjà dit que t’avais pris 10 kg.
O. D. F. : Il est très bon, c’est un gâteau argentin. C’est magnifique (rire).
L’esprit avant le Mondial
Pour commencer, dans quel état d’esprit êtes-vous avant de vous lancer dans ce Mondial ?
B. D. S. : Heureux, excité, impatient. Moi, j’ai hâte de retrouver Lionel Messi (rire). J’ai hâte de le commenter (c’est le joueur qu’adore Omar), il m’a manqué ces dernières années (depuis qu’il a quitté Barcelone et la Liga). J’ai hâte aussi de voir l’Espagne, un grand favori du tournoi, de passer un grand moment, de profiter et m’amuser.
O. D. F. : La Coupe du monde, on dit qu’on la joue et je la vois comme la vie. Elle vous met dans l’expectative. Un Mondial transforme des joueurs. Il te donne une renommée. Il y en a qui vivent des légendes. Nous (avec Benjamin), on y a vécu quelques passages qui nous ont beaucoup servi (ils ont mis en avant leur duo avec des commentaires devenus mythiques). Pour un footballeur, une action, un but peut marquer une carrière. Parfois, on dit que la Coupe d’Afrique ou la Copa America sont plus importantes que la Coupe du monde. Ce n’est pas vrai. Un Mondial te remplit de souvenirs pour la vie. Je me souviens de 1978, de 1982. Nous, on aura le meilleur rôle. On ne risque pas de se blesser ou d’être critiqués.
« Après le titre de l’Argentine, je me suis fait massacrer. » (Da Fonseca)
BeIN diffuse l’intégralité des 104 matchs mais les commentateurs ne sont pas présents dans les stades pour des raisons logistiques. Être en cabine, cela change quelque chose pour vous ?
B. D. S. : Ah oui, bien sûr. Je trouve que ça change. Tu ne ressens pas les émotions et les vibrations de la même manière. C’est un autre ressenti. L’expérience au stade, c’est incomparable. Évidemment, c’est différent, mais après ça n’empêche pas de faire vivre le moment, les buts et les grandes actions.
Préparation du match Espagne-Cap-Vert
Comment allez-vous préparer cet Espagne-Cap-Vert ?
B. D. S. : Moi je prépare chez moi, ça me rassure et on se retrouvera 2h avant le match à BeIN. Après, j’évite de trop me servir de mes notes. Nous, on est sur le registre de l’émotion.
O. D. F. : Ce n’est pas comme la Liga, où on connaît 90 % des joueurs. Le Cap-Vert, je ne le connais pas. Je ne vais pas me nourrir du mec qui a joué 18 matchs pour deux buts mais du surnom ou de l’histoire du pays.
S’il faut citer un favori ?
O. D. F. : France, Espagne…
B. D. S. : On a dit un Omar…
O. D. F. : Non, deux. Je dis France et Espagne. D’ici là, il y aura un parcours, des blessés etc... Si un France-Espagne se joue sans Pedri ou Yamal (gêné par une cuisse pendant la préparation, il est apte ce soir), c’est la France qui sera championne. Si la France joue sans Dembélé, ce sera l’Espagne. Il y a plein d’incidences. Moi, je suis pour ces deux-là.
Omar, que se passe-t-il, vous n’avez pas cité l’Argentine ?
O. D. F. : Il y a un peu de superstition là-dedans. Après le titre mondial au Qatar, je me suis fait massacrer par les Argentins parce que j’avais dit qu’une somme d’individualités ne serait pas récompensée par un titre. Il faut savoir qu’en 2022, Montiel, Molina, Fernandez ou McAllister ne jouaient pas dans les grands clubs européens. Il n’y avait que Messi ou Lautaro Martinez. Emiliano Martinez, personne ne le connaissait. Bon, après est arrivé ce qui est arrivé. Les joueurs ont quatre ans de plus désormais. Est-ce qu’il y a encore cette aura ? Je n’en sais rien donc je ne les mets pas favoris.
B. D. S. : S’il faut que je me mouille, je dis l’Espagne. Elle a un super milieu de terrain avec notamment Pedri. J’espère qu’il sera en forme. Et puis elle a le meilleur joueur au monde actuellement, Lamine Yamal.
« Une surprise ? Le Japon ou la Corée. » (Da Silva)
Qui voyez-vous en surprise ?
O. D. F. : J’aimerais qu’un jour une équipe africaine donne quelque chose collectivement. On a commencé à le voir en 2022 avec le Maroc (demi-finaliste), mais j’ai du mal à comprendre pourquoi on ne le voit pas davantage. Quand on voit la quantité de joueurs africains qui nourrissent les championnats d’Europe. Certains disent que l’Algérie, c’est super, comme le Sénégal qui jouera la France.
B. D. S. : J’aimerais bien que ce soit le Japon ou la Corée du Sud.
O. D. F. : Mais non, ce n’est pas possible. Il faut que tu lui dises. Comment tu t’appelles déjà ? Grégoire ? Christopher…
B. D. S. : C’est l’âge, Christopher, désolé (rire).
Messi et Maradona : le débat
Omar, on connaît votre amour pour Messi. Est-ce qu’il arrive à vous surprendre encore, qu’attendez-vous de lui sur ce Mondial ?
O. D. F. : Non, je ne suis plus dans la surprise. Je le regarde très peu parce qu’il est parti dans un football qui me motive moins (la MLS, le championnat américain). Mais il a un défi devant lui. Il a quatre ans de plus. Est-ce que l’exigence du championnat qu’il a rejoint pourra le mettre dans une performance ultime au Mondial ? Je ne sais pas. Il va être sous la loupe et encore plus critiqué. Dans les observations, il y aura de la méchanceté. En Argentine, on aime beaucoup les polémiques. Là-bas, on commence déjà à dire qu’il fait l’équipe, que (Marcos) Acuna a été viré à cause de lui (le défenseur n’a pas été retenu). Il va devoir gérer, même si on sait qu’il s’en fiche. Le mec vit sur une autre planète.
« Omar est le chanteur-guitariste, je suis le batteur. » (Da Silva)
Maradona a remporté un titre de champion du monde. Si Messi réussit le doublé, deviendra-t-il plus grand que lui ?
O. D. F. : Il ne deviendra jamais plus grand que Maradona. Maradona a marqué une époque bien différente en termes d’autorité, d’image et d’industrie du football. Évidemment, personne ne peut nier que Messi a démontré ce qu’était la régularité. Le mec, pendant quinze ans, il a été dans l’excellence, c’était exquis, presque irrationnel. Parfois tu fais des choses un peu par hasard, pas chez lui. C’est surtout ça, sa performance.
B. D. S. : Pourquoi tu dis que Maradona c’est au-dessus Omar ? Messi a fait quinze ans d’excellence, comme tu le précises.
O. D. F. : Maradona a joué dans un football plus âpre, intimidant et beaucoup plus compliqué. C’était violent. On l’a massacré. Quand tu analyses 1986, le pauvre…
B. D. S. : Il n’y avait personne dans l’équipe.
O. D. F. : Exactement. Il y avait une différence énorme entre lui et le reste de l’équipe. Des joueurs se posaient d’ailleurs la question : « Pourquoi j’ai été choisi ? » Messi, il a fait sa carrière avec des joueurs qui étaient les meilleurs du monde à chaque poste. Il en a profité.
La complicité du duo
Votre duo fonctionne parce qu’il y a votre expertise, votre sérieux…
O. D. F. : (Il nous coupe) Sérieux ? Vous allez mettre dans le papier qu’on est sérieux (rire).
B. D. S. : (rire).
O. D. F. : J’ouvre simplement le débat. J’allais dire qu’il y a le sérieux et la déconne… D’ailleurs, Benjamin, est-ce qu’Omar vous surprend encore avec ses métaphores ?
B. D. S. : J’ai noté qu’il se renouvelle un peu depuis mars 2023. Il change de COD, il sort quelques nouvelles expressions. Il cherche des termes. En ce moment, il dit « gloseur ». Et quand il le sort pendant un match il est content. « Lui, c’est un gloseur (quelqu’un qui interprète tout mal). » Il arrive à me surprendre, c’est là qu’il m’épate encore (Da Fonseca rit).
Omar, il s’est passé quoi en 2023 ?
B. D. S. : Non, c’était pour la blague, le côté sérieux. Mais attention, je sais qu’il a d’autres expressions en salle d’attente. Je ne sais pas si en 2026 elles peuvent sortir, mais j’espère qu’un jour elles viendront à l’écran.
On peut avoir un avant-goût Omar ? Ces expressions, c’est préparé ou de l’impro ?
O. D. F. : Il y a de tout. Je lis et je repère des phrases, mais je les mélange. C’est mon côté hispano-argentin. Chez nous, on utilise beaucoup de choses imagées. On dit souvent : « Le centre pour la tête des serpents », « Il a frappé avec le journal ». Il y a des phrases qui sont prêtes et qui ne veulent rien dire. Comme « Il faut voler de ses propres ailes, mais sans s’éloigner du nid. » Ce sont des trucs très utilisés, appris à l’école en Argentine. Je les traduis un peu en français, ce n’est pas tout à fait ça, mais ça me fait rire. Je les marque sur ma feuille, parfois je les oublie ou je les ressors quand il ne faut pas (rire).
On sent une belle amitié qui vous lie…
B. D. S. : On se kiffe, tout simplement. C’est le plaisir de se retrouver, de faire des déplacements ensemble et de commenter des matchs. On ne travaille pas, on s’amuse. On profite de la chance qu’on a. Je m’estime privilégié d’être avec Omar. On s’entend très bien depuis bientôt 15 ans. Ce que tu entends à l’antenne, c’est le prolongement de ce qu’on est dans la vraie vie. Il faut que ça continue quelques années. Même si Omar commence à dire (il l’imite) « Je ne sais pas ». J’adore ça. Omar m’a débridé. Comme il sort complètement des cases en cassant les codes, ça m’a appris à me libérer.
« Une fois, il m’a amené dîner, c’était de la 5e division. » (Da Fonseca)
Vous en aviez besoin Benjamin ?
B. D. S. : À partir du moment où je me suis retrouvé avec Omar, j’ai tout de suite compris qu’il était différent des autres. Là, je parle sérieusement. Il était fantasque, exubérant, il avait sa voix, son phrasé. Je me suis dit : « C’est cool, on va pouvoir s’amuser ». Omar, c’est le chanteur-guitariste. Moi, je suis le batteur derrière lui.
O. D. F. : À aucun moment il n’y a de stratégie. On ne s’est jamais posés pour dire « Allez, on va faire comme ça. » Je crois qu’il y a une espèce de naturel plus ou moins développé. Je le répète tout le temps, le leader, c’est lui. Il nous a mis dans les bonnes conditions alors qu’il a été obligé de s’accommoder de ma limite. J’ai 25 ans de plus que lui (il a 66 ans) et j’avoue que je ne suis pas très rigoureux, pas très cadré. Lui a trouvé la forme et la patience. Il a admis que je parte n’importe où parfois. Après, il me suit ou pas.
Qu’est-ce qui vous impressionne le plus et vous agace le plus chez l’autre ?
B. D. S. : Il est hyper excentrique donc il a le défaut de ses qualités, même si pour moi c’est d’abord une qualité. Pour le positif, ce n’est pas un commentateur ni un consultant. Il navigue entre les deux. C’est un narrateur avec plein de métaphores, du sourire et de l’énergie. J’aime la couleur qu’il apporte.
Et vous Omar ?
B. D. S. : Ah si, il y a un truc qui m’agace. On bosse ensemble depuis quinze ans et quand on arrive dans la cabine pour commenter, il ne sait toujours pas à quoi servent les boutons (rire).
O. D. F. : On est différents. On se demande pourquoi les choses parfois s’emboîtent, pourquoi il y a cette sorte d’harmonie alors qu’on a des vécus, des âges et des goûts différents. Lui, il aime une musique qui est un ensemble de bruits. Moi, je suis de la vieille école, de la variété française. Je lui parle de chansons, d’acteurs ou de chanteurs qu’il ne connaît pas. Et moi, c’est pareil, quand il me raconte des films ou des séries, je lui réponds : « Comment tu peux te mettre devant la télé pour regarder ça ? » Mais on se sent à l’aise ensemble. On parle parfois même de sujets sérieux.
Vous voyez-vous en dehors ?
O. D. F. : Très peu, très peu.
B. D. S. : On a réussi à caler un appel, Omar est disponible donc ça m’a fait plaisir. Hier, je l’ai vu à la télé à Roland Garros. Je suis heureux de pouvoir parler avec lui au téléphone aujourd’hui (Omar rigole).
Omar, vous n’êtes pas toujours disponible pour Benjamin ? Il semble triste…
O. D. F. : L’année dernière, il m’a dit : « Viens on va dîner ». Il m’a amené là où il y avait un monde… Ce qu’on a mangé, c’était de la 5e division. J’ai applaudi l’initiative, mais je suis dans l’anxiété, si ça doit se reproduire… On est occupés tous les deux. Lui, il a une petite Lola et ils ont une relation hyper forte. Moi, je ne suis qu’un vieil aigri qui déambule dans l’existence (rire).
Benjamin sans Omar aux commentaires ou vice-versa, ça donnerait quoi ?
B. D. S. : Pour le moment je ne l’imagine pas.
O. D. F. : Je remercie le petit (Benjamin). Je l’appelle comme ça affectueusement. J’ai eu beaucoup de couples dans ma vie mais je crois qu’on a dépassé le cadre de commentateurs. On a fait le commentaire d’un jeu vidéo, des pubs… On est un couple qui résiste à l’usure du temps.
C’est quoi le mot ? La routine ?
O. D. F. : Bravo Christopher ! Ce n’est pas Da Silva qui aurait trouvé.
B. D. S. : Il fait pareil pendant les matchs. Il cherche des mots et me demande. Sauf qu’il explique tellement mal que c’est impossible de les trouver. Bravo Christopher ! Tu as trouvé routine. Tu vas pouvoir prendre ma place (rire).



