Le régime iranien continue d'exécuter des personnes liées aux manifestations de janvier et celles accusées de transmettre des informations à l'étranger, selon une nouvelle loi de juin 2025. Amnesty International dénonce une « escalade alarmante des exécutions et une répression accrue de la dissidence par le régime ».
Des exécutions récentes et des chiffres alarmants
Lundi 3 août, Omid Behzad, étudiant kurde de 21 ans, et Pouria Safvat, d'origine turque, ont été exécutés à Ourmia, dans l'ouest de l'Iran, accusés d'espionnage au profit d'Israël. La semaine précédente, à Ispahan, deux manifestants de 22 et 28 ans ont été pendus publiquement après des procès expéditifs. En mars, trois autres jeunes hommes ayant participé aux mêmes manifestations de janvier ont subi le même sort.
Depuis le début de l'année, l'ONG Iran Human Rights a recensé 886 exécutions. Pour comprendre cette intensification, le « Nouvel Obs » a rencontré Anne Savinel-Barras, présidente d'Amnesty International France, dans une vidéo.
Les motifs des condamnations à mort
Anne Savinel-Barras explique : « Le premier motif est lié aux manifestations de janvier. On exécute encore des personnes arrêtées en janvier parce qu'elles participaient ou étaient accusées de participer à ces manifestations. Le motif utilisé est l’“inimitié envers Dieu” ou le trouble à l'ordre public. Il s'agit de punir le fait même d'avoir manifesté. » Elle ajoute que des milliers d'arrestations ont eu lieu en janvier, beaucoup de personnes ont disparu, et les familles ignorent leur sort.
Le second motif a connu une accélération en juin 2025 avec une nouvelle loi punissant la transmission d'informations à l'extérieur de l'Iran. Les autorités accusent ces personnes d'espionnage ou de collaboration avec « l'état sioniste » ou des États hostiles, les condamnant à mort. Cela inclut des individus ayant partagé des vidéos sur les réseaux sociaux, des organisations de défense des droits humains, et des médias étrangers. « Le fait même de transmettre des informations factuelles sur ce qui se passe à l'intérieur du pays vaut une accusation d'espionnage, passible de la peine de mort », souligne Anne Savinel-Barras. Amnesty a documenté au moins 26 exécutions liées à ces accusations.
Une justice inéquitable et des aveux forcés
Les accusés n'ont pas droit à une véritable défense. Les accusations sont souvent formulées sans preuves, avec des aveux forcés obtenus par la torture et le chantage. « On filme des aveux calculés, utilisés ensuite par les tribunaux comme “preuves” pour condamner à mort. La Cour suprême valide la condamnation, empêchant tout appel. C'est une parodie de justice », dénonce la présidente d'Amnesty International France. Beaucoup de condamnés n'ont pas pu rencontrer d'avocat ni apporter de preuves contraires.
Des pendaisons publiques pour instaurer la peur
Les pendaisons publiques sont un spectacle terrible imposé à la population. « Les autorités montrent qu'elles ont le dernier mot, qu'elles sont fortes. La peine de mort et les exécutions sont une stratégie pour créer un climat de peur, pour rendre la population plus docile et éviter qu'elle se rebelle », explique Anne Savinel-Barras. Cependant, toutes les exécutions ne sont pas publiques ; certaines se déroulent en secret dans les prisons, sans prévenir les familles ou les avocats.
La situation est urgente : Amnesty International demande que le droit international soit saisi pour faire cesser ces violations gravissimes des droits humains en Iran.



