Sur la piste du Bo Ranch, près de Fontainebleau, Alexandre Giarratano a vécu un moment fort de sa carrière. Le cavalier de Sospel est devenu vice-champion du monde amateur de reining à l'occasion des World Reining Continental Championships 2026, disputés début juillet. En individuel, il a pris la deuxième place dans la catégorie non professionnelle après un barrage face à un cavalier allemand. Il a ensuite contribué à la troisième place de l'équipe de France.
Cette médaille d'argent vient compléter une collection déjà riche. Elle survient alors que son cheval, « The Electric Bandit », surnommé Martin, s'était blessé quelques jours avant l'épreuve. « Il fallait qu'on soit encore meilleurs », raconte Alexandre Giarratano, assis à l'ombre d'un olivier. Et le binôme l'a été. « J'aurais presque pu lui demander un troisième passage, sourit le vice-champion du monde en amateur. Il a un mental exceptionnel. Si nous ne faisons pas de faute, je pense même qu'on est imbattables en France. »
Un palmarès déjà impressionnant
À 34 ans, Alexandre Giarratano figure parmi les dix meilleurs cavaliers français de reining. En 2024, il avait déjà terminé dans le top 10 des championnats du monde d'équitation western à Las Vegas. Maréchal-ferrant de formation, il est devenu éleveur de Quarter Horses, une activité qu'il exerce dans les montagnes de Sospel, dans les Alpes-Maritimes. Le champion multi-titré souhaite aujourd'hui inscrire Sospel sur la carte des élevages français renommés.
Sa passion pour le reining remonte à l'adolescence. « Ma mère est cavalière, confie-t-il. J'ai commencé à monter à cheval avant même de savoir marcher. » Après un parcours d'équitation classique et une mauvaise chute vers 10 ans, le jeune Mentonnais se réconcilie avec les chevaux grâce à des Quarter Horses, des animaux « très calmes » qui lui permettent de découvrir l'équitation américaine. À 13 ans, il se lance dans le reining et participe à ses premiers concours, soutenu par ses parents.
De la maréchalerie à l'élevage
Alexandre Giarratano est tombé dedans quand il était petit. À l'époque, la discipline n'était pas encore très connue en France. Il en fait son loisir et décide d'apprendre le métier de maréchal-ferrant à Toulouse. Dès 16 ans, il obtient un contrat d'apprentissage à l'hippodrome de Cagnes-sur-Mer, où il restera trois ans avant de lancer sa propre entreprise. Une activité qu'il exerce depuis quinze ans, mais qui est devenue au fil du temps secondaire. Aujourd'hui, il se consacre à l'élevage de Quarter Horses et au reining pour « perpétuer la race et la discipline » nées aux États-Unis.
« À l'origine, le reining vient du travail à cheval dans les ranchs, explique le champion. Les cow-boys les utilisaient pour travailler avec le bétail. » Lorsqu'une vache s'échappait, il fallait pouvoir la poursuivre, la dépasser, s'arrêter net, faire demi-tour et la ramener. De ce travail de ranch, les Américains ont fait une discipline de compétition, où l'on juge notamment la précision, la vitesse des figures et la qualité des arrêts glissés.
Rivaliser avec les Américains et les Italiens
Le reining est ensuite arrivé en Europe et a conquis l'Italie. « Après les Américains, les Italiens sont probablement les meilleurs au monde », souligne Alexandre Giarratano. En France, la discipline reste marginale. « La fédération doit représenter 500 licenciés, là où la Fédération française d'équitation en compte plus d'un demi-million », indique-t-il. L'élevage de Quarter Horses, la race taillée pour le reining, est aussi beaucoup moins développé que chez nos voisins transalpins. « En France, un élevage peut compter cinq ou dix poulinières. En Italie, certains en ont cinquante ou soixante. Aux États-Unis, certains ranchs en comptent entre 150 et 200. »
Dans les Alpes-Maritimes et le Var, Alexandre Giarratano affirme être le seul éleveur de chevaux américains. « Les autres se trouvent plutôt vers Avignon ou dans le Vaucluse, et ils ne sont que deux ou trois », explique-t-il. C'est ce qui l'a d'ailleurs poussé à se consacrer davantage à l'élevage qu'à la maréchalerie.
Une aventure familiale
Le cavalier, père de deux petites filles, insiste sur l'importance du soutien familial. « C'est important d'avoir une famille qui comprend cette passion, parce qu'elle prend énormément de temps, glisse-t-il. Ce n'est pas seulement un sport ou un métier : c'est un mode de vie. »
Son cheval « The Electric Bandit », Martin pour les intimes, a commencé à se reproduire. « Ses premiers poulains n'ont que deux ans et demi. Il faudra attendre de voir s'ils performent pour savoir s'il peut devenir un étalon reconnu pour la reproduction. L'un d'eux est actuellement chez un entraîneur. Je le récupérerai à quatre ans, comme son père. S'il est bon, ce sera formidable. S'il est moins performant, nous ferons avec ses qualités. »
Rester fidèle à la Côte d'Azur
Alexandre Giarratano espère aller encore plus loin dans la compétition, sans renoncer à ses racines. « Il y a certainement des endroits plus adaptés aux chevaux, avec davantage d'espace, reconnaît-il. Le rêve américain est attirant, mais je ne pourrais pas abandonner tout ce que j'ai construit ici, ma famille, mes parents et mon travail. Je suis trop attaché à ma Côte d'Azur. Je préfère aller aux États-Unis de temps en temps et rentrer. Comme ça, l'Amérique reste un rêve. Et c'est très bien ainsi. »
En attendant, le champion multi-titré peut compter sur un cheval d'exception. « Avoir un cheval comme celui-là est extrêmement rare. Je souhaite à tous les cavaliers d'en connaître au moins un dans leur vie », conclut-il en regardant son étalon à la robe palomino paître tranquillement dans les champs.



