Le Tour de France femmes 2026, qui s'élancera le 2 août de Brest, marquera un tournant avec l'introduction d'un contre-la-montre individuel de 22 kilomètres entre Châtel et les Gets, prévu le 5 août. Cette épreuve chronométrée, la première depuis la renaissance de la course en 2022, suscite un engouement inédit parmi les coureuses. Pourtant, malgré cet intérêt, les contre-la-montre restent marginaux dans le calendrier féminin : ils ne représentent que 6 % des courses, selon une étude de l'Union cycliste internationale (UCI).
Un format rare mais très attendu
La rareté des contre-la-montre dans le cyclisme féminin s'explique par des raisons historiques et logistiques. Longtemps, les organisateurs ont privilégié des étapes en ligne pour des raisons de coût et de diffusion télévisée. Résultat : les coureuses ont moins d'occasions de briller dans cet exercice solitaire. "C'est une discipline qui demande une préparation spécifique, et le fait de n'avoir qu'un ou deux chronos par an rend difficile de s'y spécialiser", explique Marion Rousse, directrice du Tour de France femmes.
Cette année, le contre-la-montre de Châtel s'annonce comme un moment fort. Le parcours vallonné de 22 kilomètres, avec une montée finale vers les Gets, pourrait créer des écarts significatifs au classement général. Les spécialistes comme la Néerlandaise Demi Vollering, vainqueure de l'édition 2024, ont déjà annoncé qu'elles en feraient un objectif majeur.
Un calendrier féminin encore déséquilibré
Selon les données de l'UCI, sur les 1 200 courses inscrites au calendrier féminin en 2025, seules 72 comportaient un contre-la-montre, soit 6 %. En comparaison, dans le calendrier masculin, cette proportion atteint 15 %. Ce déséquilibre est dénoncé par plusieurs coureuses. "On nous demande d'être polyvalentes, mais sans opportunités de nous tester contre le chrono, c'est difficile", confie la Française Juliette Labous, vice-championne du monde du contre-la-montre en 2025.
Les efforts pour rééquilibrer le calendrier se heurtent à des contraintes pratiques. Les organisateurs de courses par étapes hésitent à inclure un chrono, car cela nécessite des fermetures de routes plus longues et une logistique plus complexe. De plus, la diffusion télévisée d'un contre-la-montre est moins spectaculaire qu'une arrivée au sprint. Pourtant, l'engouement pour le chrono du Tour de France femmes pourrait changer la donne.
Un impact sur les classements généraux
L'introduction de ce contre-la-montre pourrait bouleverser la hiérarchie. Les grimpeuses pures, comme la Polonaise Katarzyna Niewiadoma, devront limiter les dégâts, tandis que les rouleuses, telles que l'Australienne Grace Brown, pourraient en profiter pour grappiller des secondes précieuses. "C'est un vrai test pour le classement général. Il faudra être performante sur tous les terrains", analyse Marion Rousse.
Les équipes ont déjà adapté leur préparation. Plusieurs formations ont programmé des stages spécifiques de contre-la-montre dans les semaines précédant la course. Le chrono de Châtel pourrait ainsi devenir un rendez-vous incontournable, incitant d'autres organisateurs à suivre l'exemple. "Si le public répond présent, cela prouvera que le contre-la-montre féminin a sa place", espère Juliette Labous.
Vers une féminisation des chronos
L'UCI a annoncé son intention d'augmenter la part des contre-la-montre dans les épreuves féminines d'ici 2028. Parmi les pistes évoquées : l'intégration systématique d'un chrono dans les courses par étapes de plus de trois jours, et la création d'un championnat du monde du contre-la-montre par équipes féminin. Ces mesures, si elles sont adoptées, pourraient porter la proportion à 10 % du calendrier.
En attendant, le Tour de France femmes 2026 s'annonce comme une édition historique. Outre le chrono, le parcours de 1 200 kilomètres traversera les Alpes et les Pyrénées, avec une arrivée au sommet du col de la Loze. Les organisateurs espèrent que cette diversité d'étapes attirera un public encore plus large. "Le cyclisme féminin mérite des formats variés. Nous voulons montrer que les coureuses sont capables de tout", conclut Marion Rousse.



