Au lendemain des adieux de Gaël Monfils, Roland-Garros a découvert Moïse Kouame. À 17 ans, le grand espoir français a balayé le vétéran Marin Cilic (7-6 [4], 6-2, 6-1) dès sa première fois en Grand Chelem, avec une maîtrise sidérante.
À minuit passé lundi, Roland-Garros s’est éteint sur un dernier adieu à son magicien Gaël Monfils. Quand les lumières se sont rallumées ce mardi à 11 heures, le stade de la Porte d’Auteuil a souhaité la bienvenue à sa nouvelle coqueluche, Moïse Kouame (318e). À cette folle allure, le court Simonne-Mathieu sera bientôt trop étroit pour l’accueillir. À 17 ans, le gamin de Sarcelles est pressé. Sa saison 2026 est une année de premières. Après sa première victoire sur un top 100 lors de son premier match en Masters 1000 à Miami, il a étoffé sa collection avec son premier top 50 pour son premier match dans le grand tableau de Grand Chelem (7-6, 6-2, 6-1). Et quel top 50 ! Marin Cilic (46e), vainqueur de l’US Open 2014. Et quel Grand Chelem ! Roland-Garros, à domicile, devant près de 5 000 spectateurs.
Et dire que la question de lui attribuer une wild card pour le tableau final a été soulevée. Trop tôt, pas encore prêt pour une première bataille au meilleur des cinq manches ? Moïse Kouame a balayé toutes les interrogations en 2 h 40 et trois manches face au vétéran croate, demi-finaliste Porte d’Auteuil en 2022 et loin d’être encore sur le déclin à 37 ans.
Marin Cilic bluffé
Malgré les 20 ans d’écart qui séparaient les deux hommes, c’est la jeunesse qui a étalé son expérience dans un premier set éprouvant, d’une importance capitale. Kouame n’a pas cédé face à l’intense pression de Cilic sur les deux balles de set à défendre à 5-4 et a été impeccable dans le tie-break pour prendre un avantage décisif. « À son âge, il fait preuve d’une grande maîtrise de ses émotions, en plus de son excellent niveau de jeu. Il a joué parfaitement sur les points les plus importants du match. Cela dénote d’une forte personnalité, a salué Marin Cilic. Physiquement, il a tenu le choc pendant cette première heure et demie très intense. Sur tout le match, il n’a pas fait un mauvais choix. »
Il en faut pour bluffer un joueur à près de 1 000 matchs en carrière sur le circuit principal. Moïse Kouame ne disputait mardi que son cinquième à cet échelon, le premier en Majeur. Mais le jeune Français n’a rien laissé paraître sur le court Simonne-Mathieu. Apaisé au moment de rentrer sur le court, il a esquissé un sourire quand le public l’a acclamé, celui d’un enfant immergé dans son rêve. Le seul moment où il a fait son âge sur les trois heures suivantes. « Oui, j’ai 17 ans, j’ai gagné un match en Grand Chelem. Mais je ne pense pas que Cilic se disait que j’avais 17 ans, comme moi je ne pensais pas à ses 37 ans. Cela ne sert à rien. »
Le protégé de Richard Gasquet s’est alors appuyé sur son vécu, aussi maigre soit-il. « J’ai disputé un Masters 1000 à Miami, Monte-Carlo mais aussi les qualifications de Roland l’an dernier, ça m’a aidé à appréhender l’atmosphère. Je me suis entraîné sur le court la veille. Je savais à quoi m’attendre, assurait-il dans un anglais impeccable à un journaliste américain. Je m’étais bien préparé, j’étais prêt. Je n’avais qu’à prendre du plaisir sur le court. Perdre ce match ne me stressait pas. »
Précocité et maturité
Sur le court ou devant un micro, Moïse Kouame fait preuve d’une maturité remarquable. Physiquement, ses qualités n’étaient plus à prouver. Tennistiquement non plus, avec un service régulièrement flashé à près de 220 et un coup droit « monfilsien ». Et il a confirmé qu’émotionnellement, il était prêt à encaisser le choc. « Ce dont je suis le plus fier à titre personnel, c’est d’avoir pu prendre du plaisir sur le court. C’était le piège, de passer à côté de ce plaisir, a-t-il insisté. Maintenant, c’est une nouvelle étape de ma carrière qui est franchie. Il faut continuer sur cette lancée. »
Déjà projeté sur son deuxième tour, Moïse Kouame va croiser un tout autre style de joueur, le Paraguayen Adolfo Daniel Vallejo (22 ans), qui mange terre battue, matin, midi et soir, chaque jour de la saison. Devenu le deuxième plus jeune Français à atteindre le deuxième tour de Roland-Garros après Thierry Tulasne en 1980, le 318e mondial, assuré de grimper autour de la 250e place, tentera d’être le plus précoce à accéder au troisième tour. Une étape de plus dans son ascension.



