À Roland-Garros, Gaël Monfils a failli passer à côté de son rendez-vous avec le public pour son dernier match contre Hugo Gaston. Pendant deux sets, le court Philippe Chatrier, endormi comme rarement en première semaine, a vu se dessiner le match le moins Monf compatible de son histoire sur la terre battue parisienne. Baladé aux quatre coins du court par les amorties du Toulousain, Monfils a subi deux revers qui en appelaient logiquement un troisième.
Un réveil tardif mais intense
Mais Gaël finit toujours par échapper à la logique. Il s’est réveillé, embarquant dans son sillage la foule, son allié de toujours, pour recoller à deux sets partout, avant de lâcher prise, abandonné par son corps. Ce n’était pas le plus beau des combats. Peut-on même parler de combat tant les temps forts des deux adversaires sont rarement entrés en collision ? Peu importe, le match a eu le mérite d’exister, de durer et de laisser de belles images. Mention spéciale pour la bataille de tweener dans le carré de service qui n’aurait pas fait tache lors de la soirée Gaël and Friends.
Une nouvelle expérience pour Monfils
Pour Monfils, ce dernier match était « une nouvelle expérience ». Si l’on veut être tout à fait honnête, on peut remercier le coup de mou de Gaston en milieu de deuxième set d’avoir existé pour sauver la mise. Cependant, vu la nature du mal qui a forcé le fantasque gaucher à faire appel au médecin à plusieurs reprises, on s’en serait bien passé : « Il y a eu une petite alerte, cela fait un petit moment que je traîne un petit virus. J’ai le cœur qui monte très vite et qui a du mal à redescendre, c’était pour ça et aussi avec un peu la tension et la pression du match. » Enterrer une idole n’est pas chose aisée. « Je sais qu’Hugo m’aime beaucoup, c’était un peu dur pour lui de me terminer », souriait Monfils.
Les difficultés du dernier chapitre
À chacun sa galère. Écrire le dernier chapitre de son histoire à Roland-Garros file aussi la tremblote. « C’était une nouvelle expérience pour moi, ce n’était pas un match normal, admet l’ancien 6e joueur mondial. Je suis rentré, j’étais moins bien que je ne l’étais cinq minutes avant. C’est comme si t’as envie de trop bien faire et ça te met dans une position délicate. C’était pas tant la tête mais le ressenti de mon corps, comment je bougeais dans l’espace. » En l’occurrence, pas très bien, en tout cas moins que le petit gars en face qui le narguait avec ses amorties tout en ramenant les siennes en sifflotant. Il a 14 ans de moins, ça aide. Gaël Monfils ou pas, on ne bat pas le temps qui passe. « La terre battue, on ne va pas se cacher, cela fait quand même 3, 4 ans, je peine beaucoup, beaucoup plus dur. Encore ce soir, je le voyais, je le disais : wawhou, pour faire des services gagnants, pour avoir des points gratuits, c’est quand même plus dur. Un bon dur américain (en fin de saison), ça va bien m’aider ! »
Intégrer le cercle des sportifs quadra
Le mousquetaire se projette car il entend terminer sa carrière à La Défense à l’automne et plus encore inscrire son nom au panthéon des athlètes quadra. « Comme Stan (Wawrinka), comme LeBron, comme Cristiano, comme Ibra… Comme tous les sportifs, jusqu’à 40 piges qui ont réussi. Ça, j’ai envie de le faire. » Il devra patienter jusqu’au 1er septembre pour y parvenir. Avant cela, il espère obtenir des wild-cards pour Wimbledon et l’US Open, histoire de faire le Grand Chelem des adieux, pour le kiff.
Un hommage inoubliable
Bien sûr, rien n’égalera la der à Roland, la fête de jeudi, l’hommage de lundi, l’accolade avec Gilles Simon, Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet, qu’il rejoindra bientôt de l’autre côté de la rive. « Franchement, même dans mes rêves les plus fous, je n’imaginais pas comme cela. Je ne vais pas vous mentir, c’était exceptionnel, une chance de malade. En fait, on imagine sans vraiment imaginer, mais ce que j’ai reçu, entre jeudi et ce soir, c’est gravé à jamais. C’est une chance inouïe. C’est quelque chose qui sera gravé à jamais dans mon cœur. »
Gaël Monfils a quitté la salle de presse du court Philippe Chatrier avec le goût du devoir accompli, l’envie de prendre des vacances et de passer du temps avec sa fille Skaï, mais il sait qu’il va devoir avant cela affronter ses émotions refoulées. « J’essaie de bloquer mes émotions, en fait. Puisque c’est très dur, tout au fond de moi, c’est très dur. Je pense que je vais passer une mauvaise nuit, cette nuit. Mais j’ai un peu des sentiments mélangés entre le bonheur et la tristesse. » Rentrons, il commence à pleuvoir.



