Route du Rhum 2026 : Goulven Marie, le Vençois qui réalise son rêve
Goulven Marie au départ de la Route du Rhum 2026

Depuis toujours, la fenêtre de son âme donne sur le grand large et la beauté parfois terrifiante des océans. De ses souvenirs d'enfance, il garde précieusement, enfouis dans les replis de sa mémoire, ces moments quasi hors du temps, passés à arpenter les pontons de Saint-Malo, pour y admirer, avec fascination, autant ces drôles d'engins spécialement dessinés pour la course transocéanique, que les hommes à l'audace et au sens marin suffisamment éprouvés pour être autorisés à se lancer dans aussi folle aventure.

Le spectacle de cette flottille aux mille talents, bigarrée dans son ballet toilé, et partant soudainement embrasser l'horizon, avec pour objectif de passer de « l'autre côté » et de rallier Pointe-à-Pitre, aura longtemps nourri les rêves de Goulven Marie. Dont le parcours et les choix de vie l'auront toutefois contraint à patienter quelques longues années avant que d'être, à son tour, au départ de la plus mythique des transats en solitaire. Une course entrée dans la légende dès sa première édition après que le Canadien Mike Birch, sur son petit Olympus, a pour 98 minuscules secondes, damé le pion au Français Michel Malinovsky (faisant au passage entrer les multicoques dans une nouvelle ère)…

Un rêve d'enfance devenu réalité

« Évidemment que ça m'a toujours fait rêver. Mais dans la famille, on a eu des capitaines, des trois-mâts, des cap-horniers, alors c'était une évidence… Et puis, de façon générale, il y a toujours en Bretagne cette culture tournée vers la mer… » Le Vençois d'adoption a donc pris le temps nécessaire pour se reconnecter à son destin et bâtir un projet à la fois sérieux et crédible. Sachant qu'à ses yeux, « la course au large est quelque chose qui ne s'improvise pas ».

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Son passé de Figariste, et la passion solidement chevillée au mât de ses certitudes lui ont en revanche offert toute la crédibilité nécessaire pour convaincre un partenaire titre (Qwanza) de l'accompagner sur la durée. Et quatre ans plus tard, après avoir disputé sans gros tourments - malgré ce brin de malchance qui l'a parfois accablé - trois transats (dont deux Café L'Or, ex-Jacques-Vabre), le marin a suffisamment « grandi », « mûri », pour, cette fois, se draper d'une certaine légitimité.

Préparation et défis techniques

Pas armé pour lutter D'autant qu'il a, entre-temps, appris à dompter la fougue de son destrier. A ne faire qu'un avec sa machine. « A force d'enquiller les milles en course, on finit par acquérir les bons réflexes, à prendre les bonnes décisions, aux bons moments… » Un bateau (un plan Verdier, mis à l'eau en 2010 et ayant précédemment appartenu à un certain Yannick Bestaven) qui néanmoins, porte aujourd'hui les stigmates de ces récentes virées au loin.

« Les voiles ont pas mal souffert. J'ai réussi à les maintenir en vie pour la saison méditerranéenne, mais je ne pourrai pas faire autrement que d'en racheter d'autres, d'occasion évidemment. En parallèle, on va continuer tout un travail de fiabilisation. C'est la clé d'une préparation réussie. Concrètement, je vais revoir toute l'électronique embarquée. La coque et le gréement, eux, sont en revanche hypers sains… »

Sur cette 13e édition, où à nouveau, professionnels, figures de la voile et amateurs vont se tirer la bourre, sur les 3.542 miles nautiques du parcours (environ 6.560 kilomètres), Goulven est aussi l'un des seuls du plateau à être, à ce jour, délestés de l'obligation de réussir avant le départ la qualif' des 1.000 milles en solo. « Du coup, idéalement, l'idée serait de convoyer le bateau là-bas (Saint-Malo) dans des conditions un peu plus safe (en équipage réduit, avec escales) et un peu plus tôt, c'est-à-dire durant l'été. Et d'avoir ainsi un peu plus de temps pour bricoler à bord. Mais les courses d'avant-saison vont déjà permettre de finaliser un certain nombre de choses, de continuer à prendre des informations qui me seront toujours utiles… »

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Un objectif d'humilité

Pour autant, le quinqua ne perd pas de vue l'essentiel. Son objectif étant d'arriver à bon port, et dans les temps, se sachant insuffisamment armé pour rivaliser avec les meilleurs, en particulier dès qu'ils toucheront les Alizés. « Mais ça reste une sacrée aventure. Et le terrain de jeu est le même pour tous… » En effet ! Mais si lui n'est pas de cette race de va-t-en-mer gonflés à ce point de vanité qu'ils en outragent les Dieux, la Route du Rhum est d'abord et avant tout une invitation à l'humilité. Les fortunes de mer qui en émaillent l'Histoire et le lourd tribut déjà payé par les navigateurs depuis 1978 (Alain Colas, en 1978, et Loïc Caradec, 1986, ont tous deux disparu en mer) nous le rappellent régulièrement…