Esteban Abadie, troisième ligne du Rugby Club Toulonnais, aborde la saison 2026-2027 avec un état d'esprit résolument revanchard. Titulaire sur l'aile de la troisième ligne pour le premier match de la saison à Jean-Dauger, samedi à 19h05, le joueur de 28 ans a retrouvé une pleine forme après une année marquée par des pépins physiques. Dans un entretien accordé à Nice-Matin, il revient sur sa préparation, ses objectifs personnels et l'identité collective qu'il souhaite voir émerger.
Une intersaison marquée par le mariage et la préparation
Esteban Abadie a vécu une intersaison particulière. Tout fraîchement marié, il a dû digérer la déception d'une neuvième place en Top 14, synonyme d'objectifs non atteints. « Déjà, ça fait chier d'avoir repris aussi tôt. Cela veut dire que nos objectifs en Top 14 n'ont pas été atteints. On termine neuvièmes et au fond, la réalité, c'est qu'on est passé au travers de notre saison. On ne peut pas se le permettre à Toulon », explique-t-il.
Malgré cette déception, le joueur assure avoir été « sérieux » dans sa préparation. L'année dernière, trois blessures au mollet gauche ont perturbé sa saison. « Je me suis préparé, tout cet été, pour supporter la charge de travail de la présaison. Je devais essayer de trouver des solutions personnelles. Je touche du bois mais, pour l'instant, ça s'est très bien passé. J'ai eu zéro alerte, zéro douleur pendant ces six semaines », confie-t-il.
La gestion mentale des blessures
Les blessures récurrentes au mollet ont été une épreuve mentale pour Esteban Abadie. Habitué à enchaîner les matchs, il a dû faire face à la frustration. « Je dois avouer que c'était quand même dur. Au fond de toi, tu essayes de trouver le problème sauf que la médecine, ce n'est pas des maths. Tu te remets en question sur ton hygiène de vie, sur ce que tu bouffes. Tu te demandes si tu dors suffisamment, si tes pieds sont assez creux… J'ai également travaillé mentalement sur moi-même », raconte-t-il.
Le troisième ligne de 28 ans, international français (2 sélections), a ressenti un sentiment de « triche » envers son équipe. « J'avais l'impression de tricher et de ne pas pouvoir aider l'équipe. Ce n'est pas un sentiment évident à gérer. Mais il faut positiver, trouver des solutions et rebondir », ajoute-t-il.
Des objectifs personnels et une concurrence assumée
Pour cette nouvelle saison, Esteban Abadie se fixe des objectifs clairs. « Je ne suis pas forcément content de ma dernière saison. Que ce soit quand j'ai été blessé, et même quand je ne l'étais pas. Je pense que je peux apporter plus à l'équipe. Je veux être meilleur sur mes performances, en attaque comme en défense. J'ai envie de retrouver l'activité qui était la mienne par le passé », affirme-t-il.
Conscient de la concurrence à son poste, il assume pleinement ce défi. « Il y a beaucoup de monde à mon poste et on va avoir besoin de chacun. De mon côté, je vais me battre, toute la saison, pour avoir une place de titulaire. Et honnêtement, plus la concurrence est rude, plus ça nous tire vers le haut », souligne-t-il.
Une nouvelle identité collective en construction
Lors du stage à Briançon, Pierre Mignoni a insisté sur l'identité de l'équipe. Interrogé sur ce que doit représenter cette identité, Esteban Abadie préfère la jouer prudente. « Je ne vais pas vous répondre, là maintenant. J'espère plutôt qu'on pourra vous le montrer quand on sera sur le terrain. Cela fait trois ans qu'on parle beaucoup, mais il va falloir agir par des actes », déclare-t-il.
Le joueur espère que les paroles se traduiront en actes sur le terrain. « On en rediscutera sans problème dans quelques mois pour voir si on a, collectivement, retranscrit sur le terrain ce qu'on s'était dit lors de ce stage. Et j'espère de tout cœur que ça sera le cas », conclut-il.
Les nouvelles têtes du staff apportent un vent de fraîcheur
L'intersaison toulonnaise a été marquée par les arrivées d'Alex Codling et de Franck Azéma au sein du staff. Esteban Abadie confirme que ces nouvelles têtes font l'unanimité. « Il y a un sentiment de nouveauté, c'est sûr. Ces arrivées nous sortent un peu de la routine qu'on a pu avoir ces trois dernières années, même si on bossait quand même sérieusement, hein. Je trouve qu'on a très bien bossé collectivement. On en a chié sur cette prépa. Alex [Codling] est un technicien très précis et Franck [Azéma] nous apporte un côté humain, c'est top », détaille-t-il.
Le troisième ligne international est persuadé que le jeu des Toulonnais pourrait « mieux coller » aux profils de l'effectif. « Franck nous apporte un cadre, ce qui est hyper important, mais on peut en sortir plus facilement. Sur le terrain, on cherche à attaquer un peu plus les espaces, à jouer un peu plus en fonction de nos qualités, à jouer debout, à chercher les extérieurs. Je pense qu'on est un peu moins dans un jeu stéréotypé », explique-t-il.
Cette nouvelle approche laisse plus de place à l'initiative. « Je dirais qu'on laisse plus part à la prise d'initiative, décrypte “Este”. Et je trouve ça bien. Pour l'instant, je prends plus de plaisir, même à l'entraînement. J'espère qu'on pourra tous en prendre, collectivement, durant la saison », conclut-il.



