Diane Parry : un jeu atypique qui séduit et interroge à Roland-Garros
Diane Parry : un jeu atypique qui séduit et interroge

Diane Parry : l'art de jouer joli, entre héritage et modernité

De notre envoyé spécial à Roland-Garros, Diane Parry serait-elle en train de dissiper ce malentendu qui s'est glissé entre nous depuis le temps ? Dix ans qu'on en entend parler, et quatre ans déjà depuis son premier coup d'éclat dans le grand monde, ici même à Roland-Garros. La tenante du titre expédiée par le fond sur le court Philippe-Chatrier, et ce jeu aussi chatoyant qu'inclassable. Esthétique, plaisant, mais tellement décalé du reste du circuit qu'on s'est parfois demandé si la jeune Française ne s'était pas trompée de siècle pour gagner au tennis.

Elle n'aurait pas grandi avec Roger Federer, un malheur comme un autre pour de nombreux apprentis tennismen qui ont cassé les pieds à leur technicien pour passer au revers à une main : « Elle a changé à 12/13 ans, nous avait un jour expliqué son père, Joël. Elle est amoureuse du beau jeu et un revers à une main, c'est plus joli à regarder qu'un revers à deux mains. »

Un choix esthétique assumé dès l'enfance

Tous ses entraîneurs qui l'ont façonnée au Tennis Club de Boulogne-Billancourt n'étaient pas conquis par l'idée, pour le dire gentiment. Certains y ont certainement vu une forme d'obsession esthétique plus contre-productive qu'autre chose, mais enfin, ils n'ont pas eu le choix. « Toute petite, elle aimait ça, les ''chops'' à une main, les petits jeux de touché, les volées en lâchant la deuxième main, se souvient Cécile Palicot, qui l'a eue entre ses 4 et 11 ans. Cela ne faisait pas consensus car elle avait un petit gabarit mais elle essayait très souvent de le faire. Et avec moi, c'est la joueuse qui décide de la manière dont elle veut jouer. »

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Parry a décidé, donc, à rebours d'un circuit féminin au style de jeu de plus en plus monosyllabique : « Pan » en coup droit, « pan » en revers, « pan » au service, « pan » à trois mètres de la ligne de fond, et ainsi de suite. Facile à maîtriser, quitte à tuer un ramasseur de balle de temps en temps : on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, comme on dit. Diane, elle, s'oblige à se prendre la tête entre toutes ses options : « Je recouvre mon revers ou pas ? Et si je chopais plutôt ? Et pourquoi pas un amorti, tiens ? Ah non, je vais plutôt opter pour me décaler un coup droit. » La vie est toujours plus compliquée pour les cerveaux les plus brillants, qui veulent allier le beau et l'utile.

Un jeu en construction, entre frustration et promesses

« Diane, elle aime jouer joli, nous glissait un de ses anciens coachs, Gonzalo Lopez Sanchis. Nous, en Espagne, on dit que si tu veux voir quelque chose de joli, tu vas au théâtre. Elle doit apprendre à faire la cuisine, savoir utiliser sa panoplie, quand elle doit slicer, prendre un risque, remettre la balle de l'autre côté. Parfois, elle se frustre. Mais elle a le jeu pour déstabiliser ses adversaires. »

Le discours date un peu, mais il collait assez bien avec ce qu'on a vu contre Amanda Anisimova l'autre jour. Un premier set où tout fonctionnait ou presque, face à une Américaine déboussolée par les changements de trajectoire incessants – le fameux jamais deux fois la même balle à jouer pour l'adversaire – puis une certaine crispation quand le match se durcit : la jeune fille de 23 ans commence alors à hésiter sur la conduite à tenir, oublie de taper son revers, et voit ses « chops » filer quelques centimètres de trop en longueur. Les regrets n'étaient pas loin, jusqu'à ce super tie-break complètement caviardé par l'Américaine, fâchée sans prévenir avec son coup droit et à peu près tout le reste.

« La petite erreur que Diane faisait avant, c'est qu'elle restait sur des sensations qui étaient mauvaises, explique son entraîneur Julie Coin à nos confrères de L'Équipe. Là, elle essaie de passer outre, de se débrouiller pour gagner les points, peu importe s'il faut taper avec le manche. Parfois, on doit faire avec des jours moins bons et trouver des solutions sur le moment. C'est ce qu'elle fait. »

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Un jeu encore en construction ?

On imagine sans peine combien ça doit lui coûter, comme le jour où elle a dû fouiller dans le grenier pour retrouver son revers à deux mains sur les retours de service, devant l'évidence d'une limite tactique insoluble : face à des filles qui artillent comme jamais, le retour bloqué à une main promet un échange à se faire trimballer dès le deuxième coup de raquette. Pour autant, elle ne l'use qu'avec parcimonie : « Cela dépend un peu du style de service qui m'arrive, et un peu en fonction de comment je le sens ce jour-là, se justifie-t-elle. Vu que ce n'est pas encore figé, je m'adapte et je change par rapport aux joueurs que j'ai en face. »

La future numéro 1 française après le tournoi a les mots pour le dire : son jeu n'est pas encore figé, un prérequis indispensable à partir d'une certaine hauteur, mettons le top 20, pour compter large. Et s'il nous arrive parfois de repenser à ces passings en bout de course désespérés de Jo-Wilfried Tsonga à une main, qui faisaient à la fois son charme et son plafond de verre, à savoir un revers trop fragile quand ça comptait vraiment, c'est sans doute un peu cruel pour Parry.

Pourquoi lui en vouloir de reproduire l'excellence à la française telle qu'on la conçoit depuis toujours ? « Elle a un jeu atypique, certes, mais je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas possible d'arriver tout en haut avec ce type de jeu, si le physique suit et qu'elle continue de travailler aussi fort », la conforte Cécile Palicot, qui ne regrette pas un instant de l'avoir encouragée à changer son revers à l'adolescence. « C'était son choix, donc c'était la bonne solution. » Encore une ou deux victoires à Roland-Garros, et on sera aussi convaincus.