Les championnats d'athlétisme Ultimate, qui débutent vendredi pour trois jours à Budapest (Hongrie), offrent une dotation totale de dix millions de dollars, un montant inédit dans l'histoire de la discipline. Chaque vainqueur repartira avec un chèque de 150 000 dollars (129 000 euros), soit plus du double d'un titre mondial (70 000 dollars) et trois fois plus qu'un record du monde (50 000 dollars).
Des primes records pour attirer le gratin mondial
La Fédération internationale d'athlétisme (World Athletics) a conçu cette nouvelle compétition pour relancer les audiences télévisées d'un sport en manque de visibilité en dehors des Jeux olympiques et des Mondiaux. Pour garantir la présence des meilleurs athlètes, elle a mis en place un barème de primes jamais vu : les deuxièmes empocheront 75 000 dollars, les troisièmes 40 000, et les derniers (16es) toucheront 2 000 dollars.
« C'est le plus grand prize money qui ait jamais existé en athlétisme », résume Sebastian Coe, le président de la Fédération internationale d'athlétisme. En 2024, sa fédération avait déjà été la première à distribuer des primes aux champions olympiques (50 000 dollars), une initiative qui avait suscité des critiques de la part du Comité international olympique (CIO).
Les athlètes saluent une avancée majeure
Les athlètes qualifiés se réjouissent de ces montants, même si tous ne bénéficient pas des mêmes sponsors. « Dans une discipline comme la nôtre, où on ne gagne pas d'argent, c'est une compétition qui a son importance », soulignait mi-août le lanceur de marteau français Yann Chaussinand, deuxième meilleur performeur mondial de l'année. « Tous mes concurrents se sont battus pour se qualifier car c'est inespéré de gagner ces sommes-là quand on est lanceur », ajoute-t-il.
Le Britannique Josh Kerr, champion du monde du 1 500 m en 2023, estime que « par rapport à une victoire aux Mondiaux, ils ont plus que doublé la mise, ce qui montre le sérieux de la compétition et les efforts des organisateurs en termes de marketing et de médiatisation ». Pour lui, « c'est une opportunité énorme ». La sprinteuse américaine Melissa Jefferson-Wooden, championne du monde du 100 m et du 200 m, abonde : « Un prize money comme ça, c'est vraiment impressionnant. C'est un pas dans la bonne direction même s'il y a encore du travail pour que tous les athlètes puissent être rémunérés à leur juste valeur. »
Un précédent avorté et des ambitions pour l'avenir
L'an dernier, l'ancienne légende du sprint Michael Johnson avait tenté de relancer l'athlétisme avec le Grand Slam Track, un circuit de compétitions réunissant les meilleurs mondiaux avec des primes mirobolantes. Le projet a toutefois été abandonné après quelques meetings en raison de problèmes financiers. « Bien sûr, il y a eu ces soucis d'argent, mais d'un point de vue marketing, je pense qu'ils voyaient juste sur quasiment toute la ligne », estime Kerr, pour qui les Ultimate sont un projet « similaire ». « Tout le monde s'est rendu compte que c'était le monde dans lequel on vivait désormais », insiste-t-il.
Sebastian Coe justifie cette stratégie par la nécessité d'assurer la stabilité financière des athlètes. « Vous connaissez mon avis sur le sujet. Pour moi, les primes sont le troisième pilier dont personne ne parle jamais concernant le bien-être des athlètes. Il y a la santé physique, la santé mentale, mais rien de tout ça ne peut exister sans stabilité financière », explique-t-il. La liste des Français qualifiés comprend notamment Gabriel Tual (800 m), Azeddine Habz (1 500 m) et Rénelle Lamote (800 m), qui tenteront de profiter de ces primes records à Budapest.



