Le tribunal correctionnel de Nîmes a condamné, ce mercredi 9 septembre, un père de famille à un an d'emprisonnement ferme pour agression sexuelle incestueuse sur ses quatre enfants. Il est en revanche relaxé pour les faits de harcèlement à l'encontre de son ex-compagne. Le tribunal a également prononcé le retrait total de l'autorité parentale et l'inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (FIJAISV).
Des "baisers forcés avec la langue" dénoncés par l'aînée
À l'audience, l'aînée de la fratrie, Mathilde (prénom modifié), a témoigné la voix frêle et les larmes aux yeux, revenant sur le comportement "déplaisant" de son père. Elle a évoqué des "baisers forcés avec la langue" que son père lui aurait imposés, ainsi qu'à ses trois autres frères et sœurs, âgés de 6 à 11 ans à l'époque, entre le 31 mars et le 30 juin 2022.
Dans leurs déclarations, les enfants évoquent également de la maltraitance, avec privation de nourriture et un "jeu de la couverture" durant lequel leur père montait sur eux, les empêchant de respirer normalement. "Un papa ça ne fait pas ça", a lancé Mathilde à l'audience.
Le prévenu conteste les faits
Le prévenu a formellement contesté les faits. "Ça fait quatre ans que je ne les ai pas vus. Je pense que Madame les incite à dire des choses. Les enfants, je ne les ai jamais touchés", a-t-il assuré à la barre. Il a toutefois évoqué une séparation conflictuelle avec la mère de ses enfants, qui aurait pu impacter l'état psychologique de ces derniers.
Il a par ailleurs été condamné par le passé pour violences conjugales et appels malveillants contre son ex-compagne. Concernant le harcèlement et les agressions sexuelles incestueuses qui lui sont reprochés, il a également démenti. Selon le dossier, il aurait appelé à plusieurs reprises son ex-compagne entre le 1er juin 2025 et le 19 mars 2026, en l'insultant et en la menaçant notamment de mort. Deux jours d'incapacité totale de travail lui ont été délivrés en raison d'une "symptomatologie anxio-traumatique importante".
Des retentissements psychiques chez les enfants
Face aux dénégations du prévenu, Me Caroline Rigot, l'avocate de la mère et de Mathilde, a insisté sur les retentissements psychiques que le comportement de ce dernier aurait provoqués chez ses quatre enfants. L'expertise psychiatrique relève notamment une sensation de "peur, de danger, de rejet et d'angoisse" évoquée par les enfants concernant leur père. Tous soulignent leur volonté de ne plus le voir.
L'avocate de la partie civile a demandé le retrait total de l'autorité parentale du prévenu, ainsi que 2 000 euros au titre du préjudice moral pour la mère et 3 000 euros par enfant. Des conditions de vie dégradées également pointées du doigt par la procureure. "Dès le départ, il dit à sa compagne que s'il n'y a pas de devoir conjugal, il n'y a pas de couple. Ça en dit long sur cette notion de consentement qui nous occupe aujourd'hui, avec ces bisous forcés", a-t-elle détaillé.
La procureure a requis cinq ans de prison avec maintien en détention, accompagnés d'un retrait de l'autorité parentale, d'une interdiction d'exercer une activité professionnelle et bénévole avec les mineurs pour une durée de 10 ans et d'une interdiction de rentrer en contact avec les victimes pendant trois ans.
La défense plaide la relaxe, le tribunal suit partiellement
Une peine jugée trop sévère selon la défense, qui, pour Me Chrystèle Georges, ne reflète pas la réalité du dossier. "On essaie de faire rentrer des ronds dans des carrés. On reprend des déclarations pour lesquelles il a déjà été condamné en 2021", a-t-elle nuancé. Elle a également souligné que les déclarations des enfants "décrivent les mêmes faits, exactement dans le même ordre".
Quant au harcèlement, elle a rappelé qu'il est basé uniquement sur 48 appels en onze mois. "Et on va lui attribuer un 04 24, alors qu'en vérifiant, il s'agit d'un démarchage téléphonique", a-t-elle dénoncé. Elle a plaidé pour une relaxe totale faute d'éléments suffisamment caractérisés.
Relaxe qu'elle obtiendra partiellement : les faits de harcèlement ne sont pas retenus par le tribunal. En revanche, le prévenu est condamné pour agression sexuelle incestueuse à un an d'emprisonnement ferme avec retrait total de l'autorité parentale. Pour les peines complémentaires, le tribunal a suivi les réquisitions de la procureure. Le père de famille est également inscrit au FIJAISV.



