Le film « La Bataille de Gaulle », diptyque réalisé par Antonin Baudry, dure 5 heures et 10 minutes. Face à cette durée, une partie de la génération Z adopte une pratique nommée « speed watching », qui consiste à regarder les vidéos en accéléré. En cliquant sur « vitesse x 1,5 » ou « vitesse x 2 » sur des plateformes comme Netflix, YouTube ou TikTok, les scènes défilent plus rapidement. Les dialogues restent compréhensibles, mais la voix du général de Gaulle évoque alors celle de Mickey Mouse.
Une pratique présentée comme un gain de temps
Les utilisateurs de cette méthode y voient plusieurs avantages. Ils affirment « gagner du temps », pouvoir « voir deux fois plus d’images » et « zapper les longueurs, les silences, les introductions interminables ». Pour eux, regarder un film en accéléré est plus « ef-fi-cace ».
Cette tendance interroge pourtant. Un observateur pourrait s’étonner que l’on choisisse de réduire volontairement un moment de plaisir. Si un film est mauvais, rien n’oblige à le regarder en entier. S’il est bon, pourquoi écourter cette parenthèse enchantée ? Cette logique s’étend à tous les domaines. Une amie confiait à l’auteur de l’article qu’une nuit d’amour excède rarement cinq minutes, et s’interrogeait : faudra-t-il désormais plier l’affaire en 150 secondes pour éviter les « introductions interminables » ?
Les plateformes et la monétisation du temps
Si cette propension à accélérer toutes choses gagne jusqu’aux loisirs, c’est parce que les plateformes voient un intérêt clair à monnayer deux fois plus de contenus dans un même laps de temps. Le cerveau humain peut être malmené, les pauses nécessaires pour assimiler une information ou laisser naître une émotion peuvent être zappées. Le temps, c’est de l’argent, et la culture devient, pour certains, un moyen comme un autre de remplir le tiroir-caisse.
Cette pratique soulève des questions sur le rapport au temps et à l’expérience culturelle. Alors que les plateformes de streaming multiplient les contenus, le speed watching pourrait se généraliser, modifiant en profondeur la manière de consommer les œuvres audiovisuelles.



