Privilégier les touristes français et européens pour mieux préserver le territoire et faire face au réchauffement climatique : c'est la stratégie touristique proposée par un rapport publié mardi 8 septembre par Réseau Action Climat. Le collectif d'ONG plaide pour une révision de la stratégie touristique de la France, estimant que la stratégie actuelle, qui vise à attirer les clientèles lointaines, a un impact climatique et social négatif.
Une concentration géographique qui dégrade le cadre de vie
Réseau Action Climat déplore que la stratégie actuelle ne bénéficie qu'à certains territoires comme l'Île-de-France et la Côte d'Azur. Cette concentration géographique exerce une pression sur le foncier et alimente directement la hausse du prix des loyers, ajoute l'association. À l'inverse, les visiteurs originaires de France ou de pays européens tendent à découvrir le territoire dans son ensemble, selon le rapport.
Selon le ministère du Tourisme, la France a accueilli l'an dernier 102 millions de visiteurs, pour 77,5 milliards d'euros de recettes internationales, un record. Mais, pour l'association, cette croissance a pour corollaire une fréquentation touristique « qui dégrade le cadre de vie des habitants » dans certaines destinations. À titre d'exemple, le port de Marseille concentre à lui seul 48% des croisiéristes faisant escale en France, indique le rapport. Or les bateaux de croisière, qui utilisent encore très majoritairement des carburants fossiles, « aggravent la pollution de l'air dans les villes escales », souligne-t-il.
Une stratégie « au détriment d'une clientèle résidente »
Par ailleurs, le rapport estime que les gouvernements successifs ont favorisé une montée en gamme de l'offre touristique, notamment hôtelière. Ce phénomène s'est accompagné d'une internationalisation de la clientèle hôtelière « au détriment d'une clientèle résidente », dit-il. Dans le même temps, les prix des hébergements touristiques ont augmenté près de deux fois plus vite que l'inflation en 20 ans, affirme Réseau Action Climat.
« Sans que cela soit intentionnel, cette stratégie éloigne une partie des résidents français, qui arbitrent pour des vacances à l'étranger devenues comparativement moins chères », déplore le collectif.
Les aéroports français, porte de sortie des touristes français
Le collectif d'ONG explique également que « si nos grands aéroports français peuvent souvent avoir une image de porte d'entrée vers la France, ils sont surtout une porte de sortie pour les Français ! » Parmi les 61 millions de passagers internationaux dans les aéroports français, seulement 23 millions sont des voyageurs étrangers qui viennent en France (38 %), alors qu'ils sont 38 millions de résidents français qui partent à l'étranger (62 %). « Ce constat dément la thèse selon laquelle la hausse du trafic aérien serait nécessairement une bonne nouvelle pour le secteur touristique français. »
« Le tourisme de proximité est, de loin, le premier pilier de l'économie touristique française, et celui qui contribue le moins au réchauffement climatique », affirme Réseau Action Climat, qui formule plusieurs recommandations pour recentrer la stratégie sur l'accueil des touristes de proximité. Parmi ses recommandations, Réseau Action Climat préconise de développer les vacances des Français en France, notamment via la création d'un fonds national de soutien au départ en vacances. Il propose également de réorienter les campagnes de promotion touristique vers les clientèles internationales de proximité, en ciblant en priorité les pays européens proches.



