Rockstore : la stratégie des découvertes devient plus risquée
Rockstore : la stratégie des découvertes devient plus risquée

Le Rockstore, salle de concert mythique de Montpellier, célèbre ses 40 ans cette semaine. Sa stratégie historique, consistant à programmer des artistes émergents avant qu'ils ne deviennent des superstars, devient de plus en plus risquée, explique Antoine Winling, responsable de la programmation musicale du lieu.

Une stratégie qui a fait la légende du Rockstore

Depuis son ouverture le 3 octobre 1986, le Rockstore a construit sa légende en programmant des groupes émergents avant qu'ils ne deviennent des superstars. Radiohead, Lenny Kravitz, Angèle ou Justice pour ne citer qu'eux. Même les Daft Punk, sans leurs masques, à l'époque où Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo commençaient la scène avec leur première formation musicale.

Antoine Winling, fils de Philippe Winling, l'un des fondateurs des lieux décédé en 2014, est désormais responsable de la programmation musicale. Il décrit son rôle avec la franchise caractéristique du Rockstore : « Mon rôle ? C'est de vivre dans le futur. C'est de faire venir les artistes les plus talentueux deux ans avant qu'ils n'explosent aux yeux du grand public. »

Des coups parfois risqués

Antoine Winling, à peine plus vieux que le Rockstore, doit maintenir le rythme effréné et le niveau d'exigence d'une salle qui a accueilli en quarante ans 5 407 concerts au dernier décompte. « Quand tu travailles au Rockstore, tu n'as pas le temps de te poser trop de questions. Mais la ligne directrice n'a jamais changé. Notre credo, ce sont les musiques actuelles, les tendances du moment et, évidemment, la scène musicale locale. Après, on tente aussi des coups. Quand on voit qu'un gros groupe qui nous plaît passe en tournée entre l'Italie et l'Espagne, on lance un petit texto au tourneur. Mec, s'il te reste une date, même un dimanche, on est là ! »

Faire des coups, anticiper : souvent ça fonctionne, parfois moins. « Le plus frustrant, c'est quand tu arrives six mois trop tôt », confie-t-il. The National, groupe d'indie-rock américain devenu une référence du genre, jouait au Rockstore au début des années 2000 devant 150 personnes. « C'est le jeu. Plus récemment, Jalen N'Gonda n'a pas rempli la salle. Depuis, Elton John l'a adoubé et il vient de faire l'Olympia. »

Une marge de manœuvre réduite

La stratégie n'a pas changé, mais la marge de manœuvre est plus étroite. Depuis l'épidémie de Covid, la salle montpelliéraine doit composer avec un changement d'habitude des noctambules. La partie « club » est devenue moins rentable et la crise économique oblige les amateurs de musique à quelques arbitrages à l'heure d'acheter des places de concert. « On est aujourd'hui obligé de prendre moins de risques sur des artistes coup de cœur. Au Rockstore, on gagne rarement beaucoup d'argent quand on programme un concert, mais on peut vite en perdre si on se trompe. »

Scène de musique actuelle non conventionnée et profondément indépendante, le Rockstore a sollicité une aide de la Ville de Montpellier – deux fois 40 000 € en 2025 et 2026 – pour continuer son aventure. La salle organise environ 130 événements par an.

Un anniversaire célébré en grande pompe

Le Rockstore fête son anniversaire du 14 au 17 octobre. L'ouverture des festivités a lieu mercredi avec un concert rock et gratuit dans la plus pure tradition du lieu. Jeudi, le DJ Vladimir Cauchemar « nous fait le cadeau de venir jouer chez nous », avant une soirée électro au format XXL vendredi : l'ami de la maison Étienne de Crécy, associé à Kiddy Smile ou Dylan Dylan. La conclusion revient à un groupe dont l'histoire est intimement liée au Rockstore, Rinôcérôse, qui vient présenter son dernier album samedi. La légende raconte même que le groupe s'est formé dans l'escalier de la salle.