Le restaurant-discothèque Le Beach Klubber, situé route du bord de mer à Villeneuve-Loubet, ferme définitivement après 19 ans d'exploitation. Frappé par un arrêté préfectoral intégrant le terrain au domaine public maritime, l'établissement doit vider les lieux avant fin octobre. Éric Pecaud, associé majoritaire, et sa compagne Stéphanie Meng, gérante, dénoncent une expulsion administrative sans aucune indemnisation.
Une fermeture imposée sans indemnisation
L'arrêté préfectoral, notifié le 29 juin 2026, a accordé aux gérants trois mois de sursis pour achever la saison, jusqu'au 29 septembre, avant un unique mois pour tout démonter. Une échéance qu'Éric Pecaud juge techniquement irréalisable. « Est-ce que vous pensez qu'en un mois, ma femme et moi, on peut tout démonter et tout enlever ? », s'indigne-t-il. Malgré une demande de prolongation de deux mois auprès de la Direction départementale des territoires et de la mer, l'administration est restée inflexible.
Contrairement à une expropriation, la loi ne prévoit aucune indemnisation pour les exploitants du littoral. Après 19 ans à la tête de cette institution réputée — et 25 ans de présence du commerce sur le site —, le couple « perd tout sans percevoir un centime ». « C'est comme si on nous avait mis la tête sous l'eau », souffle Éric Pecaud, la voix nouée. « On oscille entre les pleurs et la force de se battre pour ne pas s'effondrer. Notre sentiment ? C'est de la peine, énormément de peine. On a l'impression d'un gâchis immense. »
Une vente aux enchères forcée
Dans la salle où 100 à 150 couverts étaient servis les soirs de week-end, le désarroi est total. Cinq salariés sont licenciés. « C'est dramatique », lâche le chef cuisinier de l'établissement, observant le matériel culinaire partagé à la découpe. Faute de temps et sans solution de relogement — les recherches pour trouver un local de 400 m² adapté à une activité de restaurant-discothèque restant infructueuses depuis deux mois —, les patrons bradent tout.
Le matériel est regroupé par catégorie dans la salle de restaurant et sur la piste de danse. Les transats sont vendus 15 euros l'unité au lieu de 40 euros. Les fauteuils valant 100 à 160 euros sont bradés à 20 euros. Et les parasols s'envolent à 10 euros. Dans ce temple de la fête villeneuvoise, l'heure n'est plus à la musique, mais au déchirement.
Un dernier combat juridique
L'émotion a atteint son paroxysme lors du week-end de fermeture fin septembre, lorsque clients fidèles, employés et fondateurs de l'affaire sont venus rendre hommage aux patrons et à leur établissement. « Tout le monde pleurait », se remémore Éric Pecaud. « Hier soir encore, ma femme pleurait comme une madeleine. Je tente de la réconforter pour lui donner de la force, mais tout s'est enchaîné si brutalement. »
Si les propriétaires ont écarté un recours en référé suspension devant le tribunal administratif, ils comptent porter l'affaire sur le terrain du droit. Éric Pecaud annonce engager dans quinze jours un recours au fond par son avocat pour contester l'arrêté préfectoral, suivi d'un recours indemnitaire visant l'État. « L'État ne peut pas nous spolier ainsi. Ce sera mon dernier combat ici : essayer d'obtenir au moins la valeur de mon commerce. »