Prune et Sasha, 27 ans : désir et moralité en temps de guerre
Prune et Sasha : désir et moralité en temps de guerre

Sasha, 27 ans, parle une langue qu'on n'aime plus entendre en Europe. Il n'a pas la bonne nationalité pour l'époque, il vit comme un planqué, entre les demandes de naturalisation et un petit boulot. Il m'envoie des mèmes de chat, des chansons soviétiques et jamais de nudes. Il porte une croix orthodoxe sur la poitrine « pour la déco », des tee-shirts « Dior j'adore » en lettres dorées et des casquettes.

Un Russe à Paris

Quand je lui demande ce qu'il pense de Poutine, il élude. « C'est comme ça, on n'y peut rien. » Il a appris le français vite et bien, il écrit souvent « jpp ». Quand il veut m'énerver, il m'appelle « Madame ». Je lui ai dit que j'avais travaillé sur l'opposition russe, puis que j'avais été arrêtée par le FSB et expulsée de Kaliningrad. Il me répond « ptdr ». Il ne veut pas communiquer sur WhatsApp, il a trop peur des numéros inconnus. On se drague sur Instagram, je ne veux pas installer Snapchat, ça suffit tous ces réseaux, cette vie entre les lignes, je suis trop vieille pour ça.

La question morale

Parfois, en tapotant sur le clavier, je pense aux hommes de son âge en Russie, ceux qui sont envoyés au front. Et je me demande : le désir doit-il respecter la moralité ? Avec Sasha, ce décalage grandit au fil des échanges. Il m'envoie des mèmes de chat soviétique depuis sa chambre parisienne, et je me demande si le désir est soluble dans la guerre.

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« Quand je dis qu'il est russe, on me regarde comme si je couchais avec l'ennemi », confie Prune Antoine. Ce dernier épisode de sa série « Mes toy boys et moi » interroge la frontière entre l'intime et le politique. Sasha, 27 ans, incarne cette ambiguïté : il est à la fois un jeune homme ordinaire et le représentant d'un pays en guerre. Pourtant, il refuse d'en parler. « C'est comme ça », répète-t-il.

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