Patientes : pourquoi elles préfèrent les médecins femmes
Pourquoi les patientes préfèrent les médecins femmes

Les patientes sont nettement plus susceptibles de choisir une médecin femme que leurs homologues masculins. Selon les recherches de Karine Lamiraud, professeure d’économie et titulaire de la Chaire Innovation et Santé de l’ESSEC Business School, « les patientes sont nettement plus susceptibles de choisir une médecin femme : leur probabilité est en moyenne supérieure de 7,5 points à celle des patients masculins ». Ce phénomène, loin d’être anecdotique, s’explique par des considérations d’intimité, de sécurité et de compréhension, comme en témoignent plusieurs jeunes femmes interrogées.

Une préférence liée à l’intimité et au consentement

Dès qu’une intimité entre en jeu dans la discrétion du cabinet médical, c’est une évidence pour beaucoup de jeunes femmes. Camille*, Parisienne de 34 ans, reconnaît faire « de l’âgisme » et du « sexisme » en choisissant naturellement ses médecins « jeunes parce que j’ai l’impression qu’ils vont être davantage formés à la notion de consentement ». Aurore*, 26 ans, évoque également l’importance de ce principe dans les gestes médicaux, surtout lorsqu’il s’agit d’être auscultée par un gynécologue. « Pour avoir subi des violences gynécologiques, je suis intransigeante », confie-t-elle.

Quand elles sont déjà traumatisées par des violences obstétricales, les jeunes femmes vont vers ce qui est, à leurs yeux, le plus rassurant, du moins sur le papier. Car ces violences ne sont pas réservées aux hommes. « Une de mes super mauvaises expériences, c’était lors d’une échographe violente, qui m’a fait super mal, elle insistait, elle n’expliquait rien, j’ai même pleuré », se souvient Camille, six ans plus tard. Même constat pour Aurore, qui admet que « les violences gynécologiques » qu’elle a subies « ce n’était qu’avec des femmes ». Dans cette recherche de « sororité », les patientes « peuvent finalement être déçues », note Caroline De Pauw, sociologue et chercheuse associée au CLERSE (Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques).

La peur des hommes et la quête de sécurité

À l’inverse, Camille a dû trouver un praticien en urgence récemment et s’est résignée à se rendre chez un médecin homme, la cinquantaine, pour faire vérifier une boule dans son sein. Après la consultation « rapide, sans question déplacée », en somme avec « un mec très bien », elle n’a pas hésité à y retourner. Pour autant, elle continue à choisir ses professionnels de santé par leur genre et leur âge, du moins quand l’intime est en jeu, à cause de la peur de se retrouver « nue dans une salle avec un homme au regard libidineux » et de se « sentir très mal à l’aise ». Aurore, elle, a peur de se retrouver enfermée avec un homme inconnu. « Je me sens plus en sécurité avec une femme parce que j’ai été victime de violences sexuelles », explique-t-elle.

Cette préférence relève aussi d’une question de compréhension entre femmes. Le sentiment qu’une professionnelle « va mieux comprendre ce que c’est qu’être une femme », illustre Camille. Plus que le genre, « c’est une question d’éducation », abonde Aurore. Une personne qui va comprendre, c’était aussi un sujet pour Sophie* lorsqu’elle a cherché un psychologue en arrivant à Lyon, alors qu’elle avait 29 ans. Mariée à une femme, il lui fallait quelqu’un de « conscient de la condition des femmes » et une « alliée » des personnes LGBT afin de se « sentir en sécurité en [se] confiant ».

Des listes de soignantes féministes et leurs limites

Des listes de « soignantes féministes » circulent ainsi sur Internet et les réseaux sociaux. Elles peuvent être précieuses pour des patientes comme Camille, qui s’en est servie dans sa jeunesse. Mais elles peuvent aussi soulever des problèmes de surcharge de travail, selon Caroline De Pauw, qui met en garde contre des « soignants en épuisement professionnel ». La clef, selon elle, est de « monter en compétence » pour tous les médecins et professionnels de santé et de « travailler sur l’empathie, l’écoute du patient ». Car plus largement, le choix du médecin ne concerne pas que les femmes. « C’est d’abord une relation humaine, on va donc instinctivement aller vers une personne qui va nous comprendre », analyse-t-elle.

Encore faut-il avoir le choix. Les déserts médicaux et le manque de praticiens dans certaines régions peuvent contraindre les patientes à prendre ce qu’il y a. Marie*, 31 ans, a ainsi conseillé le « seul médecin calé en endométriose de Toulouse » à ses copines « en errance médicale », soulignant que de manière plus générale elles n’ont pas toujours « le luxe de pouvoir choisir un médecin tellement ils sont rares ». La question peut devenir une véritable source de stress. Pour trouver la gynécologue parfaite aujourd’hui, Aurore a épluché tous les avis Google, « c’était presque une obsession ». Et si cette médecin venait à déménager ou prendre sa retraite, « je paniquerai, prévient-elle. Ça serait un vrai stress et très angoissant ».

*Les prénoms ont été modifiés.