PFAS : l'UE durcit ses seuils sur le TFA, faut-il s'inquiéter ?
PFAS : l'UE durcit ses seuils sur le TFA, faut-il s'inquiéter ?

L'Union européenne a récemment renforcé sa réglementation concernant les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), en abaissant le seuil limite pour le TFA (acide trifluoroacétique) dans l'eau potable à 500 nanogrammes par litre (ng/L). Cette décision, annoncée le 12 janvier 2025, vise à protéger la santé publique face à un contaminant qualifié de « polluant éternel » en raison de sa persistance dans l'environnement.

Qu'est-ce que le TFA et pourquoi est-il préoccupant ?

Le TFA est un sous-produit de dégradation de nombreux PFAS, largement utilisés dans l'industrie pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes à la chaleur. On le retrouve dans des produits courants comme les poêles antiadhésives, les vêtements imperméables, les emballages alimentaires et les mousses anti-incendie. Sa présence dans l'eau potable est devenue une préoccupation majeure en raison de sa persistance et de sa mobilité dans l'environnement. Selon l'Agence européenne pour l'environnement (AEE), le TFA est détecté dans plus de 90 % des échantillons d'eau de surface en Europe, avec des concentrations parfois supérieures à 1 000 ng/L dans les zones industrielles.

Le nouveau seuil de 500 ng/L remplace l'ancienne limite indicative de 1 000 ng/L, qui était jugée insuffisante par de nombreux experts. « Cette réduction de 50 % est un pas important, mais elle reste insuffisante pour garantir une protection complète de la santé humaine », a déclaré le Dr. Anna Müller, toxicologue à l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR).

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Quels sont les risques sanitaires associés au TFA ?

Les études épidémiologiques ont associé une exposition chronique aux PFAS, dont le TFA, à divers problèmes de santé, notamment des perturbations hormonales, une augmentation du cholestérol, une réponse immunitaire réduite, et certains cancers. Une étude de l'Université de Stockholm publiée en 2023 a montré que le TFA peut s'accumuler dans les tissus humains, avec des concentrations détectées dans le sang de 98 % des participants. Cependant, les données spécifiques sur le TFA restent limitées. « Nous manquons encore d'études à long terme sur les effets du TFA à faibles doses, mais le principe de précaution doit s'appliquer », a souligné le Pr. Jean-Pierre Dupont, épidémiologiste à l'Inserm.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé le TFA comme « possiblement cancérogène pour l'homme » (groupe 2B) en 2024, sur la base d'études animales. En France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a recommandé en 2024 de fixer une limite de qualité pour le TFA dans l'eau potable à 100 ng/L, soit cinq fois plus stricte que le nouveau seuil européen.

Quelles sont les implications pour les citoyens et les autorités ?

Le nouveau seuil européen entrera en vigueur en 2026, laissant aux États membres le temps d'adapter leurs infrastructures de traitement de l'eau. Selon la Commission européenne, environ 20 % des stations de traitement d'eau en Europe devront investir dans des technologies de filtration avancées, comme le charbon actif ou l'osmose inverse, pour respecter la norme. Le coût total est estimé à 2,3 milliards d'euros. En France, le ministère de la Santé a indiqué que 15 % des captages d'eau potable dépassent déjà le nouveau seuil, notamment dans les régions industrielles du Nord et de l'Est. Les associations de consommateurs, comme UFC-Que Choisir, ont salué la décision mais réclament des mesures plus ambitieuses. « Ce seuil est un progrès, mais il ne protège pas les populations les plus exposées, comme les nourrissons et les femmes enceintes », a déclaré sa porte-parole, Marie Lefèvre.

En attendant, les citoyens peuvent réduire leur exposition en utilisant des filtres à eau domestiques certifiés pour les PFAS et en évitant les produits contenant des composés fluorés. Les autorités recommandent également de limiter la consommation d'eau en bouteille, car certaines marques contiennent également du TFA.

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Quelles sont les prochaines étapes au niveau européen ?

La Commission européenne prévoit d'étendre la réglementation à d'autres PFAS d'ici 2027, avec des limites pour l'ensemble du groupe. Par ailleurs, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) examine une proposition d'interdiction de production de tous les PFAS non essentiels d'ici 2030. Cette mesure, soutenue par cinq pays (Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Suède et Norvège), pourrait réduire de 80 % les rejets de PFAS dans l'environnement.

En conclusion, le durcissement des seuils sur le TFA marque une avancée significative dans la lutte contre les polluants éternels, mais les experts appellent à une vigilance accrue et à des recherches supplémentaires pour évaluer pleinement les risques.