L'accumulation des journées mondiales
Nous célébrons ce mercredi la journée mondiale de la bicyclette. Vous l'ignoriez ? Pas de panique : vous n'êtes pas le seul. Depuis la première journée internationale, créée en 1950 par les Nations Unies (la journée mondiale des droits de l'homme, fixée au 10 décembre), chacun veut la sienne. L'ONU en parraine plus de 140, dont une poignée seulement connues du public. Si l'on se souvient aisément que le 8 mars est dédié aux femmes et le 1er décembre à la lutte contre le Sida, le 23 mai (contre la fistule obstétricale) ou le 23 décembre (pour la méditation) passent sous les radars.
Sitôt que l'on élargit le prisme, on est saisi de vertige : toutes institutions confondues, 669 « causes emblématiques » ont été répertoriées. Certaines prêtent à sourire, comme la journée mondiale sans pantalon (13 janvier), celle dévolue à la procrastination (25 mars) ou, plus sympathique, celle consacrée aux câlins (21 janvier).
Une misère chasse l'autre
Cette accumulation de tout et de n'importe quoi reflète, assez fidèlement, le traitement de l'actualité sur nos écrans. Le réchauffement de la planète, qui monopolise les chaînes d'info quand il fait chaud à Paris, disparaît sitôt que la température retombe dans la capitale. Une misère chasse l'autre, un scandale est balayé par le suivant.
Il faut une volonté d'acier pour se souvenir que, pendant que Donald Trump compare ses attributs à ceux des mollahs iraniens, des Ukrainiens continuent de mourir pour défendre leur liberté. On s'intéresse aujourd'hui aux Jeux olympiques, au pétrolier russe arraisonné au large de Brest, à la mort d'André Santini, à la figure controversée de Xenia Fedorova (la chroniqueuse pro-Kremlin des médias Bolloré) ; bientôt, tout cela sera oublié. Aussi sûrement que la journée mondiale de la chocolatine aura succédé à celle de la petite reine.



