Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : « Il faut une détox pour tous »
Interdiction réseaux sociaux moins 15 ans : détox pour tous

Le gouvernement français étudie la possibilité d'interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure qui suscite un vif débat. Selon un expert en protection de l'enfance numérique, cette interdiction ne suffira pas : « Il faut une détox pour tous », affirme-t-il dans un entretien à Libération.

Un projet de loi pour protéger les mineurs

Le projet de loi, porté par le député Laurent Marcangeli, vise à imposer un âge minimum de 15 ans pour ouvrir un compte sur les réseaux sociaux. Les plateformes devraient vérifier l'âge des utilisateurs, sous peine de sanctions financières pouvant atteindre 1 % de leur chiffre d'affaires mondial. Cette proposition s'inscrit dans une volonté de lutter contre les dangers du numérique pour les jeunes : cyberharcèlement, exposition à des contenus violents ou pornographiques, et addiction.

Un expert appelle à une prise de conscience collective

Pour le psychologue clinicien et spécialiste des usages numériques, Grégoire Borst, « interdire aux moins de 15 ans les réseaux sociaux est une bonne chose, mais cela ne résoudra pas le problème de l'addiction aux écrans ». Il estime que « les adultes donnent le mauvais exemple en passant en moyenne 2h30 par jour sur les réseaux sociaux ». Selon lui, « il faudrait une détox numérique pour tous, parents comme enfants, pour réduire la dépendance et retrouver une relation saine avec les écrans ».

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Borst souligne que « 70 % des adolescents de 13 à 17 ans déclarent passer plus de 3 heures par jour sur les réseaux sociaux, et 30 % admettent y être addicts ». Il ajoute que « les parents sont souvent démunis face à cette situation, car eux-mêmes sont pris dans le piège de la gratification instantanée offerte par les likes et les notifications ».

Les limites de la loi

Pour le spécialiste, la loi ne pourra pas tout régler. « Les jeunes trouveront des moyens de contourner l'interdiction, comme utiliser le compte de leurs parents ou mentir sur leur âge », prévient-il. Il plaide pour une éducation au numérique dès le plus jeune âge, à l'école et à la maison. « Il faut apprendre aux enfants à décrypter les algorithmes, à comprendre les mécanismes de captation de l'attention et à se protéger des contenus nocifs », insiste-t-il.

Borst propose également des mesures concrètes : « Instaurer des moments sans écran dans les familles, comme pendant les repas ou avant le coucher, et encourager les activités en plein air et les interactions sociales réelles ». Il rappelle que « les réseaux sociaux ne sont pas mauvais en soi, mais leur usage excessif peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale des jeunes : anxiété, dépression, troubles du sommeil et baisse de l'estime de soi ».

Un débat qui dépasse les frontières

La France n'est pas le seul pays à s'interroger sur l'âge légal d'accès aux réseaux sociaux. Au Royaume-Uni, le gouvernement a proposé un âge minimum de 16 ans, tandis qu'aux États-Unis, certains États envisagent des restrictions similaires. En Australie, une étude récente recommande d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 14 ans. Le débat est donc mondial, et la France pourrait devenir un pionnier en la matière.

Pour l'instant, le projet de loi doit encore être discuté au Parlement. Le gouvernement espère une adoption d'ici la fin de l'année 2024. En attendant, les experts appellent à une mobilisation générale pour protéger les jeunes, mais aussi les adultes, des dérives du numérique.

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