Le Dr Jean Giudicelli, 84 ans, doyen des médecins agathois, continue d'exercer au Grau-d'Agde, au 32 de l'avenue François-Mas, sans ordinateur, sans smartphone et sans téléconsultation. Installé depuis 1976, il reçoit ses patients du lundi au samedi, sauf le mercredi, sans rendez-vous, dans un cabinet au charme d'époque. Son attachement à une médecine de proximité et humaine intervient alors que l'offre de soin à Agde est jugée « très compliquée » par le maire Aurélien Lopez-Liguori.
Un cabinet hors du temps et un médecin atypique
La plaque sur la façade, la salle d'attente, la salle de consultation et le bureau du Dr Giudicelli sont restés tels qu'ils étaient à ses débuts. Lui-même reçoit en jeans, basket, tee-shirt vert et gilet sans manches de cuir noir. Les murs, les tables et les meubles sont couverts de chouettes, de petites horloges, de Napoléon, de photos, de diplômes et de tableaux, autant de « petits bouts de vie multicolores » qui reflètent la personnalité de ce médecin d'origine corse, né en Algérie.
L'ancien étudiant en médecine d'Alger a dû quitter la ville et le pays en 1962, sous la contrainte, avant d'obtenir sa thèse à Marseille. Médecin depuis plus de 50 ans, il exerce toujours avec la même passion. « Les médecins généralistes sont une race en voie de disparition, comme les bébés phoques », lance-t-il avec humour. Il ajoute : « Je suis resté dans l'esprit des médecins de famille, j'éprouve un véritable amour pour la médecine. »
Une offre de soin sous tension à Agde
Le contexte local est marqué par une pénurie de médecins. Au 1er janvier 2026, l'ARS recensait 18 médecins à Agde pour une population oscillant entre 60 000 et 80 000 habitants, qui atteint 300 000 l'été. La ville ne dispose ni de service d'urgences à l'hôpital, ni de bloc opératoire, ni de clinique, mais d'un centre de soins médicaux immédiats et de petites urgences, Censomed. Le maire Aurélien Lopez-Liguori qualifie la situation de « très compliquée ».
Pour y remédier, la Ville travaille sur plusieurs pistes. « À court terme, nous tentons de trouver des logements pour les médecins qui voudraient s'installer dans des locaux de la Ville. Mais nous n'avons pas beaucoup de foncier. Cependant, nous sommes en cours de négociations pour 4 installations au Grau-d'Agde », précise le maire.
Un projet de maison médicale en négociation
À moyen terme, la municipalité relance un projet de maison médicale de santé. « Nous avons repris l'ancien projet de mes prédécesseurs, qui s'opposaient au système mutualiste, ne voulant que des médecins libéraux. Or, aujourd'hui, parmi les jeunes docteurs, la donne a changé », explique Aurélien Lopez-Liguori. La Ville est en négociation avec des groupes privés de professionnels de la santé, à qui elle céderait une parcelle pour construire la structure, qui serait gérée par le groupe choisi. Le projet pourrait voir le jour dans une trentaine de mois.



