Cuisine TV : les secrets du succès des émissions culinaires
Cuisine TV : les secrets du succès des émissions

Les programmes culinaires captivent les téléspectateurs français, et Laurent Mariotte, animateur des « Petits plats en équilibre » sur TF1, et Virginie Spies, sémiologue, en dévoilent les raisons. Selon eux, pratique, transmission, terroir, publicité et divertissement sont les cinq piliers de ce succès durable.

Une bonne dose de pratique

Fini les recettes complexes des années 1980 et 1990 avec « La Cuisine des mousquetaires » et ses anguilles de Maïté. Aujourd'hui, les émissions culinaires misent sur l'aspect pratique. « L'idée est de proposer des recettes que les téléspectateurs pourront refaire le jour même, assure Laurent Mariotte. On donne des idées afin de bien se nourrir. »

Cette approche simple et concise séduit, car « on se lasse moins vite d'un programme court que d'un programme long », résume le présentateur. Il rappelle qu'un Français passe en moyenne cinquante-trois minutes par jour à cuisiner, selon une enquête de l'Insee.

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« La nourriture, l'amour et la météo sont des valeurs sûres de la télé, synthétise Virginie Spies, qui a longuement travaillé sur la question de la cuisine à la télévision. La nourriture concerne tout le monde, à plusieurs degrés. Pas seulement parce que tout le monde mange, mais aussi parce qu'il y a l'idée de transmission. »

Un zeste de transmission

La transmission est un autre ingrédient essentiel. « La cuisine est une histoire de famille, constate Laurent Mariotte, qui prône aussi bien l'idée de transmission entre les générations que celle entre les différents acteurs de l'alimentation dans son émission. L'idée est d'aller de la terre à l'assiette. On va plus loin que refaire un plat. On raconte des histoires de famille, on explique comment tel ou tel aliment est produit ou cultivé… »

« Avec Laurent Mariotte, on est dans de la télévision de rendez-vous, observe Virginie Spies, qui souligne le caractère ''rassurant'' des programmes culinaires. Il y a une mémoire affective assez puissante avec la nourriture. »

Une grosse pincée de terroir

Ces émissions, comme celles autour du patrimoine et de la ruralité, capitalisent sur le terroir. Que ce soit dans « La Meilleure boulangerie de France », « Le village préféré des Français » ou « L'Amour est dans le pré », la mise en valeur des territoires est un ingrédient de choix du succès. « Dans ''Petits plats en équilibre'', on fait découvrir les régions, souligne Laurent Mariotte. Chacune d'entre elles nous donne des idées, à travers différentes spécialités. Et puis, les Français sont très attachés à leur région, à leur gastronomie, à leur agriculture… »

L'animateur n'occulte pas le facteur « conso » que véhicule son programme, assurant que ce dernier s'inscrit dans « le quotidien des courses ». « Les gens aiment bien savoir d'où viennent les produits et sont très attentifs à cela et, quand ils le peuvent, privilégient des achats français », observe-t-il. Ainsi, 76 % des Français déclaraient que l'origine géographique des produits alimentaires était une préoccupation lors de leurs achats. En 2025, 93 % des Français plébiscitaient les produits locaux avant tout pour leur goût.

Un fond de publicités

Pour Virginie Spies, les spots publicitaires qui entrecoupent les programmes culinaires expliquent également leur succès. « Ils permettent de vendre du beurre, de l'huile, de la farine, égrène la sémiologue. Ils visent la fameuse cible commerciale et sont d'abord faits pour les annonceurs, avant d'être faits pour les téléspectateurs. »

L'experte des médias parle d'une « télévision de consommation ». Pour preuves, les produits dérivés de ces émissions. « Il y a beaucoup de livres qui se vendent, on est dans l'ère du ''télémarketing'', avec des Philippe Etchebest ou encore des Cyril Lignac », détaille-t-elle. Laurent Mariotte n'échappe pas au phénomène, lui qui propose un magazine bimestriel « Les petits plats de Laurent Mariotte » et un podcast baptisé « Boustifaille ».

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Un nappage « divertissant »

Enfin, pour Virginie Spies, la carte « divertissement » est un atout qui explique la fidélité du public. Ces programmes se sont nappés, au fil des années, d'une sauce « divertissante ». « Il y a une dimension de jeu, ludique, qui fonctionne », analyse l'autrice de « Succès story, Pourquoi les médias nous captivent ? » (éd. L'Harmattan), qui cite notamment « Un dîner presque parfait », lancée sur M6 en 2008, ou encore « Top Chef », qui compte déjà dix-sept saisons.

« Et même ''Cauchemar en cuisine'' avec Philippe Etchebest, ajoute-t-elle. C'est d'abord du divertissement. On a envie de voir les gens se prendre une colère du chef, c'est très jouissif. » Autant d'ingrédients qui expliquent le succès d'émissions « gourmandes et croquantes », comme dirait Cyril Lignac.

Cet été, chaque jour à 12h50 sur TF1, « Petits plats en équilibre » a réuni en moyenne 2,9 millions de téléspectateurs, soit 32 % de part d'audience sur les 4 ans et plus.