Brexit : dix ans après, la communauté britannique de Menton toujours impactée
Brexit : dix ans après, la communauté britannique de Menton impactée

Présidente d’une association locale, propriétaire et contribuable aux impôts locaux, mais inéligible aux élections municipales. Dix ans après le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne, le Brexit continue d’impacter la vie quotidienne des résidents britanniques à Menton.

Un sentiment d'exclusion

« Le Brexit m’a considérablement affecté. J’ai eu le sentiment que je n’étais plus une citoyenne européenne. J’avais l’impression que je n’étais plus la bienvenue sur le territoire français, d’un point de vue bureaucratique », confie une citoyenne britannique lors d’une partie de scrabble à l’English Library St John’s de Menton. Ce samedi matin, les membres sont nombreuses autour des tables de feutrine, la bibliothèque anglaise étant devenue un lieu de sociabilité pour les ressortissants britanniques du département.

Lorsque le Brexit a été acté, le quotidien de ces expatriées, installées en France depuis plusieurs décennies, a été bouleversé. Pourtant, aucune autour de la table de jeu n’a envisagé de plier bagage pour retourner dans leur pays natal.

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Une décision difficile à accepter

« Je suis arrivée en France il y a 34 ans. J’ai ma vie en France et j’aime ma vie ici. Je paie mes impôts à la ville comme tous ceux qui ont fait leur vie ici », raconte l’une d’elles. Cette expatriée, présidente d’une association britannique locale, a abandonné le charme de la vie londonienne au début des années quatre-vingt-dix pour s’installer sur la Côte d’Azur, signer un contrat de travail à Monaco et trouver un logement à Cap-d’Ail.

Mais le 23 juin 2016, les Britanniques décident de quitter l’Union Européenne. Le « Leave » l’emporte, approuvé par 51,9 % des voix. La séparation entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne est actée quatre ans plus tard. « Je n’y ai tout simplement pas cru », se remémore la présidente de l’association locale. « Je me rappelle allumer les informations le lendemain du référendum. Je n’en revenais pas lorsque j’ai appris que les gens avaient voté pour quitter l’Union Européenne. » Pas question pour elle de retourner à Londres. Sa vie est ici, et elle compte bien y rester.

Obligation du permis de séjour

Depuis janvier 2020, les ressortissants britanniques doivent obtenir un titre de séjour pour résider de façon permanente en France, et ce, malgré leur établissement à Menton depuis plusieurs décennies. En quittant l’Union Européenne, le Royaume-Uni a également mis un terme aux avantages de la citoyenneté européenne, notamment la liberté de circulation.

« On a une résidence ici, et pourtant on ne peut rester que 90 jours avec un titre de séjour classique », s’indigne un propriétaire britannique rencontré lors d’un événement organisé par la British Association de Menton. Pour éviter un processus d’arrivée plus compliqué, Christopher Parkman, pasteur de l’Église anglicane de Menton, a précipité son arrivée en France en octobre 2019, cherchant à bénéficier de la liberté de circulation avant l’entrée en vigueur du Brexit, trois mois plus tard.

« On doit justifier pourquoi on souhaite rester sur le territoire alors que ça fait des décennies qu’on est établi ici », se désole une artiste britannique ayant élevé ses enfants au bord de la Méditerranée. « En plus, on doit renouveler notre permis chaque année », ajoute une autre joueuse de scrabble arrivée en France il y a trois ans.

Un parcours administratif éprouvant

Le processus d’obtention du permis de séjour est long et éprouvant. « J’ai dû attendre 18 mois pour avoir ma carte de séjour. Il y a eu plein de complications. Et je devais à chaque fois me rendre à la mairie, car avec le Brexit les demandes ne pouvaient pas se faire en ligne », se remémore l’ex-Londonienne. Ce dédale administratif l’a d’ailleurs dissuadée de demander la nationalité française.

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Liberté de circulation restreinte

Même rendre visite à sa famille est devenu complexe. Martin Lake a emménagé en France en 2011. Pour lui, rentrer au Royaume-Uni n’est pas une partie de plaisir. Il doit aujourd’hui patienter plusieurs heures pour se soumettre au contrôle douanier à l’aéroport, ce qui le décourage de prendre l’avion. « Je préfère prendre l’Eurostar maintenant, argue-t-il. D’une part parce que c’est plus écologique, et d’autre part parce que ça évite tous les problèmes avec l’avion. »

Pour contourner cette difficulté, Birgitt Nordbrink, résidente à Menton depuis plus de vingt ans, a trouvé une astuce : « À l’aéroport, je montre mon passeport irlandais. Comme ça, j’évite de passer par le contrôle douanier. » La Britannique, également dotée de la nationalité irlandaise, peut légalement faire jouer son droit de citoyenne européenne.

Résident, mais pas électeur

« Même si on vit ici, on a perdu le droit de voter pour le Maire », regrette la présidente de la British Association de Menton. « Et pourtant on paie nos impôts ici », renchérit un de ses concitoyens. La perte de ce droit électoral est vécue comme un drame, encore difficile à accepter.

« Je rêve de pouvoir à nouveau m’investir pour la commune, d’avoir une voix dans les décisions locales », soupire une professeure de théâtre installée en France depuis 1977. Sans nationalité française, ou à défaut européenne, elle sait qu’elle ne pourra pas récupérer le droit de voter aux élections municipales. « Je comprends l’impératif d’avoir la nationalité française pour voter, concède une membre de la bibliothèque anglaise St John. Et je comprends également que cela implique une démarche particulière – on ne peut pas obtenir la nationalité comme ça. » Malgré tout, elle déplore ne pas pouvoir s’engager davantage pour la vie de la commune.

Une perte d'identité

Dix ans après le Brexit, l’espoir d’un allègement des procédures administratives demeure au sein de la communauté britannique de Menton. Au-delà du droit de vote, c’est aussi une partie de leur identité que les ressortissants britanniques ont perdue. N’étant plus résidents au Royaume-Uni depuis plus de quinze ans, ils ne peuvent plus participer aux élections outre-Manche. De ce côté-ci de la mer, les bureaux de vote leur sont aussi fermés. Résultat : plus vraiment britannique, ni vraiment français. Et de fait, pas européen non plus.