Dans un entretien au Monde, le sociologue Thomas Chevallier décrit la situation paradoxale des associations françaises. « On leur demande toujours plus de services, mais avec des moyens financiers en baisse », résume-t-il. Selon lui, ce phénomène s'est accentué depuis la crise sanitaire, avec une demande sociale en hausse et des financements publics qui stagnent ou reculent.
Des associations sous pression financière
Chevallier souligne que les associations subissent une « injonction à l'efficacité » qui les pousse à réduire leurs coûts tout en augmentant leur impact. Une enquête récente, citée par le sociologue, indique que près de 70 % des associations ont vu leurs subventions publiques diminuer ou stagner depuis 2020. Parallèlement, les besoins des bénéficiaires (aide alimentaire, insertion, etc.) ont bondi de 30 %.
Une professionnalisation forcée
Pour faire face, beaucoup d'associations se professionnalisent, recrutent des salariés et adoptent des outils de gestion. Mais cette évolution a un coût. « Les petites associations, souvent les plus proches du terrain, sont les plus fragilisées », note Chevallier. Elles doivent désormais répondre à des appels d'offres complexes et justifier chaque dépense.
Des conséquences sur le travail bénévole
Le sociologue insiste aussi sur la tension entre bénévolat et professionnalisation. « Les bénévoles sont parfois mis de côté au profit de salariés plus 'efficients'. » Cela peut entraîner une perte de sens et un essoufflement militant. Pourtant, sans bénévoles, beaucoup d'activités ne pourraient être maintenues.
Un plaidoyer pour un soutien public durable
Thomas Chevallier appelle à un changement de logique : « Il faut sortir de la culture du projet et du financement court terme. Les associations ont besoin de subventions pluriannuelles et d'un accompagnement sur la durée. » Il alerte également sur le risque de voir émerger un « service public associatif à deux vitesses », avec d'un côté des structures aguerries et de l'autre des collectifs précaires.



