Risque incendie : l'oublié de la prévention en France
Risque incendie : l'oublié de la prévention

Alors que la France connaît son année la plus dévastatrice en termes d'hectares brûlés, la prévention des incendies reste le parent pauvre des politiques publiques. Pauline Vilain-Carlotti, docteur en géographie et spécialiste en gestion sociale de l'environnement, dénonce un retard criant dans l'aménagement du territoire face aux feux de forêt.

Une règle de débroussaillage inefficace

L'obligation de débroussailler sur 50 mètres autour des habitations en zone boisée n'est appliquée que dans 30 % des cas, selon l'experte. « Une règle inefficiente », regrette-t-elle, alors que de nombreux propriétaires négligent cette mesure pourtant cruciale.

Seulement 286 plans de prévention pour 7 000 communes exposées

À titre de comparaison, la France compte plus de 11 000 plans de prévention des risques pour les inondations, contre seulement 286 pour les incendies de forêt. « Le risque incendie est réellement l'oublié de la prévention », souligne Pauline Vilain-Carlotti, auteure de L'Épreuve du feu. Habiter autrement la Terre (Flammarion).

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Le « mitage » urbain, un facteur aggravant

L'experte pointe également le « mitage », c'est-à-dire l'éparpillement désorganisé des constructions en zone rurale. « Il faut encadrer l'urbanisation, déclarer certaines zones inconstructibles et créer des zones tampons entre le bâti et les forêts. Les pompiers déploient des moyens disproportionnés pour défendre des maisons isolées », insiste-t-elle.

Des communes réveillées par les incendies

À Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, durement touché par le mégafeu des Corbières en 2025, le maire Xavier de Volontat reconnaît avoir été « très marqué, car on n'est jamais préparé à gérer une telle catastrophe ». Depuis, il veille à faire appliquer strictement l'obligation de débroussaillage et à renforcer le plan de sauvegarde communal.

À Aubais, où un violent incendie a détruit deux maisons et 400 hectares de garrigue en 2022, le maire Angel Pobo a utilisé des fonds européens pour créer une « ceinture de sécurisation » de 36 hectares autour du village, avec 25 bornes incendie supplémentaires. « Quand vous avez été touchés, les mentalités changent », explique-t-il.

Les ceintures vertes, une solution prometteuse mais fragile

Dans les Pyrénées-Orientales, le village de Montalba-le-Château a échappé au gigantesque incendie de Trévillach (5 000 hectares) début juillet grâce à une ceinture cultivée d'arbres et de pâturages entretenus. La préfecture a lancé un appel à candidatures pour généraliser ces « ceintures vertes » basées sur l'agriculture. Cependant, les fonds européens destinés à rémunérer les agriculteurs pour ce service ont été divisés par trois, rendant les contrats moins attractifs.

Pauline Vilain-Carlotti conclut : « On est en retard en Europe sur la prévention des incendies. Il faut développer les citernes, les zones tampons et une véritable compétence dans les plans de sauvegarde. »

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