Une semaine après l'enlèvement de sièges publics aux Capucins, un collectif citoyen et l'opposition interpellaient les passants pour demander leur retour, ce vendredi 8 mai. Une pétition rassemble plusieurs centaines de signatures.
Des tiges métalliques comme seul vestige
Des sièges publics, il reste les tiges métalliques. Sciées à ras du pavé. Huit assises, réparties aux quatre angles des mini ramblas des Capucins, en passe de devenir un casus belli. « Thomas Cazenave ne cesse de jouer avec les symboles, dénonce Olivier Cazaux. L'enlèvement de ces sièges est effectivement très symbolique d'une certaine vision de l'aménagement urbain. » L'élu d'opposition du groupe Bordeaux avenir écologique et solidaire ne la partage pas.
Une pétition et un rassemblement
Feuille d'émargement en main, il interpelle les passants, ce vendredi 8 mai au matin. Objectif, « remettre les fauteuils publics sur la place des Capucins », du nom de la pétition lancée par Nathalie André. « Il a fallu deux ans pour obtenir ces huit sièges et deux secondes pour les enlever. On était tous choqués par la méthode », déplore cette habitante des Capucins. Un rassemblement a eu lieu sur place à 12 h 30, pour réclamer le retour des fauteuils. En attendant, des chaises pliantes compensent. Un symbole.
Reprise en main de l'espace public
Maire de quartier de 2020 à 2026, Olivier Cazaux a été l'un des artisans du réaménagement des lieux, entamé dès le début du mandat de Pierre Hurmic. Moins de voitures, plus de verdure. Et jusqu'à la semaine dernière, huit sièges. « Nous avions conçu l'endroit en concertation avec les habitants avec l'idée, à terme, d'y déployer des actions culturelles. Ce mobilier urbain en faisait partie, rappelle Olivier Cazaux. Pouvoir s'asseoir, c'est le BA-ba d'une bonne appropriation de l'espace public. »
La majorité justifie l'enlèvement par la pacification
La même logique a présidé à l'enlèvement. La majorité, appuyée par des sources policières, affirme son souci de « pacification de l'espace ». « Ces chaises n'étaient plus utilisées par les riverains depuis longtemps, mais monopolisées par des dealers », expliquait-elle, le 1er mai. Contrôle policier d'ampleur fin avril, futur commissariat : Thomas Cazenave a fait de la reprise en main des Capucins un axe de ses cent premiers jours.
Témoignages contrastés des habitants
« Enlever huit sièges ne fera pas disparaître le deal », évacue Zoé. Pressée de signer, cette habitante déplore la suppression « de tous les lieux de vie, de rencontre, sous des prétextes un peu absurdes. Ces sièges étaient utilisés par tous. Femmes enceintes et personnes âgées y compris. »
Abel Péaud est de ceux-là. « Ils m'étaient bien utiles quand j'étais fatigué. Je trouvais cela bizarre qu'ils soient enlevés. » Appuyé sur sa canne, le retraité signe la pétition d'une main tremblante. À 90 ans, dont 48 aux Capucins, il ne se plaint pas de l'insécurité. « On m'a volé mon porte-monnaie une fois. C'était il y a vingt-cinq ans. Franchement, ce n'est ni calme, ni mal famé. Il n'y a rien de spécial à en dire. »
Ce n'est pas le sentiment de Jean. « C'est bien de les enlever. C'étaient des sièges pour dealers », lance l'octogénaire à la cantonade. Cet habitant de la place du Maucaillou déplore surtout les problèmes nocturnes. « Des va-et-vient, des disputes, tout un tas de nuisances. » Le retraité dit avoir observé, ces dernières années, les trafiquants de la rue Élie-Gintrac ou de la rue des Faures « gangrener cette place petit à petit ». « Ils occupent l'espace, alors il faut le reprendre. Radical et efficace. »
Mobilisation continue
À midi, les militants avaient noirci leurs feuilles d'émargement. 200 signatures à ajouter aux 470 numériques. Ils rempilent ce samedi pour grossir les troupes. Avant de solliciter un rendez-vous avec le maire.



