Près de huit ans après le début du mouvement des Gilets jaunes, trois figures montpelliéraines affichent des choix opposés face à la manifestation de ce samedi 17 octobre. Gilbert, Stéphanie et Éléonore, qui ont marqué le mouvement local, livrent leurs trajectoires : entre fidélité au bastion des Prés-d'Arènes, soutien aux étudiants et rejet des « récupérations politiques ».
Gilbert : « Une aventure palpitante et formidable »
Gilbert, 83 ans, syndicaliste dans l'âme, se souvient avec émotion des prémices du mouvement en 2018. « J'étais un peu démoralisé de voir que toutes les luttes menées depuis 1995 finissaient laminées. Mais quand j'ai vu surgir ça, je me suis dit que c'était formidable. Cette union du peuple, le fait que chacun vienne comme il est, pour se battre pour une justice sociale, fiscale, au-dessus de tous partis politiques et organisations syndicales, c'était incroyable », confie-t-il.
Très vite, il rejoint les Gilets jaunes des Prés-d'Arènes, un bastion qui n'a jamais cessé sa mobilisation. « On est l'un des derniers bastions de la région », affirme-t-il, même si le noyau s'est réduit. « Nous nous sommes maintenus grâce à Richard Abauzit qui animait le groupe avec talent. » Aujourd'hui, l'homme n'est plus, mais par fidélité et en sa mémoire, le petit collectif continue sa présence sur le rond-point à quelques occasions. « Ça a été une aventure palpitante : on a campé sur le rond-point, on a fait un disque, on a même créé une religion pendant le Covid », se remémore-t-il en riant.
Stéphanie : « Je m'étais dit plus jamais, et… »
Stéphanie (prénom d'emprunt), maman solo de deux enfants, a décidé de rester anonyme cette fois-ci. « À la base, je ne voulais pas reprendre. Mon investissement dans les Gilets jaunes m'avait fait perdre mon travail », explique-t-elle. Avec une fille lycéenne et les factures qui s'amoncellent, sa résolution de rester à l'écart s'effrite au fil des jours. « Quand je vois ce qui se passe avec les étudiants, je ne peux décemment pas rester chez moi. Je serai présente à la manifestation. Mais de manière anonyme, pas en tant que Gilet jaune », précise-t-elle.
Son combat passé lui a laissé un goût amer, mais elle estime que la colère reste légitime et d'actualité. « J'ai toujours l'impression d'être prise pour une banque alors que je ne fabrique pas de billets. TotalEnergie qui augmente les factures mais qui fait plusieurs milliards de bénéfices, c'est honteux », dénonce-t-elle. Pour elle, manifester ne suffit pas. « Quand on était sur les ronds-points à la rencontre des gens de manière pacifiste, c'était génial mais on n'a rien obtenu. Mais quand la casse a commencé, là on a eu la prime d'activité et la taxe carbone. » Sa solution : faire une grève générale. « Refaire les Gilets jaunes tous les samedis et retravailler la semaine ça n'a pas servi. On va recommencer pourquoi ? Pour des clopinettes. Alors que si on touche à l'économie de l'État, qui est notre sueur, notre travail à tous, ça pourrait fonctionner », assure-t-elle.
Éléonore : « L'extrême gauche a violé notre mouvement »
Éléonore, figure de proue du rond-point du Grand M, se souvient avec nostalgie de son premier mouvement. « C'était mon premier mouvement. Ce qui était merveilleux c'est que c'était vraiment un élan citoyen », raconte-t-elle. Elle en garde « un souvenir extraordinaire. On retrouvait au même endroit des personnes de différents horizons qui avaient comme point commun de travailler et de plus en plus de mal à payer les factures ou à remplir le frigo. Et qui osaient le raconter ».
Mais très vite, elle estime que la cause échappe au collectif du départ. « Je ne suis pas d'accord sur la récupération politique faite par l'extrême gauche. Pour moi, ils ont violé et volé notre mouvement, c'est violent mais c'est ça que j'ai ressenti. Cette infiltration politique, ça a transformé l'essence du mouvement citoyen », regrette-t-elle. C'est pour cette raison qu'elle ne participera pas à la manifestation de ce samedi. « Je ne suis pas en accord avec cette présence de LFI, ça ne correspond pas à mes idées. Ce que c'est devenu ne me correspond plus », conclut-elle, tout en espérant un futur mouvement social : « J'aimerais bien participer à un mouvement social. Il faudrait se réunir pour une cause commune et on ne sait pas faire. Je ne sais pas pourquoi ? »