Une approche collective pour des tumeurs cérébrales mieux traitées
Longtemps associées à un pronostic très sombre, les tumeurs cérébrales constituent en réalité un groupe très hétérogène de maladies. Grâce à l'imagerie de haute précision, la chirurgie éveillée, les analyses génétiques ou les thérapies ciblées, les progrès réalisés ces dernières années permettent aujourd'hui d'adapter les traitements à chaque patient et d'améliorer significativement le devenir de certaines tumeurs. Au cœur de cette évolution, une prise en charge collective où chaque décision est discutée au cas par cas.
Une réunion de concertation pluridisciplinaire chaque semaine
Chaque semaine, des dizaines de dossiers sont discutés en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) au centre expert en neuro-oncologie du CHU de Nice. Pour chaque patient, la même question se pose : quelle est la meilleure stratégie ? Chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, simple surveillance, thérapies ciblées, complément d'imagerie ou analyses moléculaires ?
« L'objectif de la RCP est de décider collectivement du parcours des patients atteints de tumeurs cérébrales », résume le Dr Véronique Bourg, neurologue au CHU de Nice et responsable de cette RCP. Peu importe l'endroit où ils sont pris en charge. « Nous travaillons en réseau avec l'ensemble du territoire, du Var à Monaco, mais aussi sur le plan national pour les cas les plus rares. L'objectif, c'est qu'un patient ait les mêmes chances partout en France. »
Environ 5 900 nouveaux cas de cancers primitifs du système nerveux central sont diagnostiqués chaque année en France, ce qui représente un peu plus de 1 % de l'ensemble des cancers.
Un diagnostic souvent délicat
Le parcours débute souvent après une IRM réalisée pour des maux de tête, une crise d'épilepsie, des troubles neurologiques ou cognitifs. « Certaines lésions sont même découvertes de façon fortuite, lors d'un examen demandé pour une autre raison n'ayant pas de rapport avec la tumeur, comme un bilan pour des vertiges, suite à un traumatisme ou autre », explique le Dr Bourg.
Si pour de nombreux cancers, le diagnostic repose sur une biopsie de la lésion, c'est rarement le cas pour les tumeurs cérébrales. « Dans le cerveau, une biopsie est une véritable opération neurochirurgicale. On ne prélève pas un fragment de tumeur aussi facilement qu'au niveau d'un autre organe », justifie le Pr Fabien Almairac, neurochirurgien au CHU de Nice et co-responsable de la RCP. L'imagerie joue donc un rôle central, avec des IRM très spécialisées interprétées par des neuroradiologues expérimentés, à l'instar du Dr Lydiane Mondot, radiologue au CHU de Nice.
« Certaines tumeurs évoluent de seulement quelques millimètres par an. Si l'on ne compare pas les examens sur plusieurs années, on peut passer à côté d'une évolution significative. Quelques millimètres suffisent parfois à changer complètement la conduite à tenir », ajoute le Dr Mondot.
La révolution de la chirurgie éveillée
Pour de nombreuses tumeurs cérébrales, la chirurgie demeure le traitement principal. Ses progrès ont particulièrement bénéficié aux gliomes de bas grade, qui touchent souvent des adultes jeunes. « L'objectif n'est pas seulement de traiter la tumeur, mais aussi de préserver au maximum les fonctions cérébrales et de limiter les séquelles, pour maintenir une qualité de vie satisfaisante », souligne le Pr Almairac.
C'est tout l'enjeu de la chirurgie éveillée, devenue une référence pour certaines tumeurs infiltrantes. « Le patient est réveillé pendant une partie de l'intervention afin d'évaluer en temps réel ses fonctions neurologiques et cognitives. Le chirurgien peut ainsi retirer un maximum de tumeur tout en évitant les régions cérébrales essentielles au bon fonctionnement du langage, de la cognition, ou encore du mouvement. Certaines zones cérébrales autrefois considérées comme inopérables peuvent désormais être retirées grâce à cette technique », détaille le neurochirurgien.
Un accompagnement humain essentiel
Au-delà de la technicité médicale, les soignants insistent sur l'importance de l'accompagnement humain. Car l'annonce d'une tumeur cérébrale reste un choc immense. « Le plus angoissant pour les patients, c'est de repartir avec un compte rendu d'IRM sans savoir quoi faire. Ce temps d'incertitude entre l'annonce de la tumeur et les premières décisions est très difficile à vivre », confie Isabelle Petri, l'infirmière coordinatrice.
Son rôle consiste notamment à accélérer les rendez-vous pour réduire ce délai, éviter les ruptures de parcours et assurer une information cohérente entre les différents spécialistes. « Il faut que le patient sente que tout le monde travaille ensemble », conclut-elle.



