Les sages-femmes ne se contentent pas d'accompagner les naissances ; elles sont aussi des cliniciennes et des chercheuses dont le travail est ancré dans la réalité du terrain. À l'occasion du 34e Grand Prix Evian des Sages-Femmes, deux étudiantes de l'École de sages-femmes de Nice, Isoline Boulery et Fiorella Sisri, se sont particulièrement distinguées en se hissant parmi les quatre finalistes nationales. Leurs recherches portent sur deux sujets importants en lien avec la santé maternelle et l'accompagnement des familles.
Fer et diabète gestationnel : éviter la supplémentation systématique
Isoline Boulery consacre ses recherches au diabète gestationnel, un trouble de la régulation du sucre dans le sang qui apparaît pendant la grossesse. En France, sa prévalence a fortement augmenté, passant de 10,8 % des femmes enceintes en 2016 à 16,4 % en 2021. Loin d'être anodine, cette pathologie peut entraîner de graves complications, « comme la macrosomie – un bébé trop gros qui complique l'accouchement – ou la pré-éclampsie, une maladie de la grossesse caractérisée par une tension artérielle trop élevée ».
Si les facteurs de risque classiques (surpoids, âge, antécédents) sont déjà bien connus pour cibler le dépistage du diabète gestationnel, Isoline s'est penchée sur un indicateur biologique plus discret : les réserves de fer. Son étude menée au CHU démontre qu'un taux élevé de ferritine (réserves de fer de l'organisme) au premier trimestre est intimement lié au développement de la maladie. Attention toutefois à la nuance : il n'est pas question d'utiliser la ferritine comme un nouvel outil de dépistage généralisé du diabète, car l'âge et l'indice de masse corporelle (IMC) restent les critères essentiels et suffisants pour cela.
En revanche, cette étude bouscule les habitudes médicales en matière de prescription de fer. « On a tendance à donner du fer trop facilement », alerte Isoline, qui a constaté un vrai décalage sur le terrain : « Dans la pratique, seulement 30 % des patientes sont réellement carencées en fer au premier trimestre, mais près de 70 % reçoivent pourtant une supplémentation », alerte Isoline Boulery. Pour corriger ce décalage, elle conseille d'individualiser la prise en charge : « Utilisons la prise de sang classique du premier trimestre pour vérifier la ferritine réelle de chaque patiente, afin de ne traiter que celles qui en ont besoin. »
Donner une voix aux « pap'anges » : le deuil périnatal au masculin
Le mémoire de Fiorella Sisri explore un thème rarement abordé : la façon dont les pères renouent avec le désir d'enfant après avoir subi la perte d'un bébé. « Le deuil périnatal des pères est quelque chose qui, dans la littérature scientifique, n'a pas été beaucoup étudié », explique Fiorella. Dans ces situations dramatiques, la société impose bien souvent aux hommes un rôle de roc inébranlable. « Le père se doit d'être le pilier de soutien de sa compagne, de la famille... », souligne la jeune sage-femme, regrettant qu'on leur laisse « finalement peu l'opportunité d'exprimer leurs sentiments légitimes d'extrême détresse ».
Sa motivation pour ce sujet est née de son expérience de terrain. « J'ai été confrontée à la détresse d'un papa qui mettait des mots sur la perte de son bébé pour la première fois devant des professionnels », se souvient-elle avec émotion. Afin de faire évoluer les pratiques de soins, Fiorella préconise de développer des espaces de parole pour les hommes, loin des hôpitaux qui ravivent de douloureux souvenirs. Elle plaide aussi pour la « pair-aidance » entre parents endeuillés. Pour sensibiliser les équipes soignantes à ce sujet, elle a d'ailleurs élaboré une « fiche réflexe » fournissant des clés pour mieux guider et accompagner ces pères.
Créé en 1992, le Grand Prix Evian des Sages-Femmes récompense chaque année les meilleures recherches en maïeutique. Pour cette 34e édition, qui s'est tenue le 20 mai dernier à La Rochelle sous la présidence de la célèbre sage-femme Anna Roy, c'est la Lilloise Victorine Mahieux qui a remporté le premier prix pour ses travaux sur l'éthique et la communication en salle de naissance.



