Alors que la France peine à prendre en charge la santé mentale au travail, la Suède a fait de cette question une priorité nationale. Selon une étude de l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, 70% des entreprises suédoises proposent des séances de coaching psychologique à leurs employés, contre seulement 12% en France. Un écart qui interroge sur les politiques de prévention des risques psychosociaux dans l'Hexagone.
Un modèle suédois axé sur la prévention
En Suède, la santé mentale au travail est abordée de manière proactive. Les entreprises sont encouragées à mettre en place des programmes de bien-être, incluant des consultations régulières avec des psychologues, des ateliers de gestion du stress et des formations pour les managers. « En Suède, nous considérons que la santé mentale fait partie intégrante de la santé globale, au même titre que la santé physique », explique Anna-Karin Bergman, experte en psychologie du travail à l'Université de Stockholm.
Cette approche préventive se traduit par des résultats concrets : le taux d'absentéisme lié à des troubles mentaux est de 4,2% en Suède, contre 8,1% en France, selon les données de l'OCDE. De plus, le coût économique des troubles psychosociaux est estimé à 2,5% du PIB suédois, contre 4,3% du PIB français.
Le retard français : une question de culture et de moyens
En France, la santé mentale au travail reste souvent taboue. Seules 12% des entreprises proposent un accompagnement psychologique, et encore, principalement dans les grandes structures. « Les entreprises françaises ont tendance à réagir après l'apparition de problèmes, plutôt qu'à anticiper », déplore le Dr. Philippe Zawieja, psychiatre spécialiste du stress professionnel. « Il y a un vrai déficit de formation des managers et une méconnaissance des enjeux de prévention. »
Le manque de moyens est également pointé du doigt. En Suède, le budget alloué à la santé mentale au travail est de 45 euros par employé et par an, contre 12 euros en France. « Investir dans la prévention coûte moins cher à long terme que de gérer les conséquences de l'épuisement professionnel », insiste Anna-Karin Bergman.
Des pistes pour s'inspirer du modèle suédois
Plusieurs initiatives pourraient être transposées en France. La Suède a notamment mis en place un label « Entreprise saine » qui récompense les structures respectant des critères stricts en matière de santé mentale. De plus, les managers y sont systématiquement formés à détecter les signes de détresse psychologique.
En France, quelques entreprises pionnières commencent à s'engager. « Nous avons mis en place des séances de méditation, des consultations psychologiques anonymes et un suivi personnalisé pour les salariés en difficulté », témoigne Julie Martin, DRH d'une PME de 200 salariés. « Le retour sur investissement est tangible : baisse de l'absentéisme et meilleure productivité. »
Selon une enquête de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), 87% des salariés français estiment que leur entreprise ne fait pas assez pour leur santé mentale. Un chiffre qui montre l'urgence d'agir, alors que les troubles psychosociaux représentent la première cause d'inaptitude au travail dans l'Hexagone.



