Santé en voyage : bien gérer et transporter ses traitements à l'étranger
Santé en voyage : gérer ses traitements à l'étranger

Anticiper un voyage, ce n'est pas seulement réserver ses billets et préparer sa valise. C'est aussi penser à sa santé, un aspect souvent relégué au second plan, mais pourtant essentiel pour partir sereinement. Qu'il s'agisse de poursuivre un traitement chronique, d'adapter ses prises de médicaments à des décalages horaires importants ou d'éviter le piège des contrefaçons dans certaines régions du monde, la gestion médicale d'un voyage ne s'improvise pas. Elle demande préparation et vigilance. On fait le point avec le Pr Pierre Marty, expert en médecine des voyages du centre de vaccinations internationales du CHU de Nice.

1. Bien préparer et répartir son stock avant le départ

« L'erreur la plus fréquente — et parfois la plus lourde de conséquences pour les patients atteints de pathologies chroniques (diabète, maladies cardiaques, insuffisance rénale...) — consiste à prévoir ses médicaments au plus juste, en fonction de la seule durée du séjour », constate le Pr Pierre Marty. Un vol annulé, une grève ou un simple contretemps peut en effet prolonger le voyage bien au-delà des prévisions et laisser le patient sans traitement. « Aussi, on conseille toujours de partir avec plus de jours de médicaments que la durée du voyage. Si on part dix jours, il faut penser à prévoir deux semaines de traitement, par exemple. »

Autre précaution essentielle : répartir ses médicaments entre le bagage en soute et le bagage cabine. « L'idéal, c'est de mettre le stock principal en soute et d'avoir sur soi une réserve pour quelques jours, avec l'ordonnance en cas de contrôle ou de bagage perdu », conseille le spécialiste. Ces précautions sont d'autant plus importantes que, selon la destination, tous les médicaments ne sont pas toujours disponibles. « Dans certains pays, il peut être difficile de se réapprovisionner rapidement. »

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2. Demander à son médecin une copie d'ordonnance mentionnant la DCI

À l'étranger, et particulièrement dans les zones tropicales d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique du Sud, les repères habituels s'effacent : les noms commerciaux des médicaments changent et l'accès aux thérapies de dernière génération est souvent impossible. Ainsi, pour parer à toute éventualité, voyager avec ses ordonnances est indispensable. Il est d'ailleurs fortement recommandé de demander au médecin une copie rédigée en anglais mentionnant la DCI (Dénomination Commune Internationale) de chaque traitement. « Cette précaution est le seul moyen fiable de retrouver le bon principe actif partout dans le monde et de faciliter, si nécessaire, un renouvellement d'urgence ou le passage des douanes. »

3. Respecter la conservation

La préservation des médicaments repose sur un équilibre délicat ; il faut impérativement éviter deux pièges majeurs, la forte chaleur et la congélation. « L'exposition prolongée au soleil altère les principes actifs et fait perdre au traitement son efficacité. La congélation est aussi à proscrire : en gelant, l'eau contenue dans le produit forme des cristaux qui détruisent définitivement la structure des molécules. »

4. Gérer le décalage horaire

Le décalage horaire peut fortement perturber la prise des traitements quotidiens, en particulier ceux qui exigent une grande régularité. « Si l'on pense souvent aux antihypertenseurs, cela concerne également les antiépileptiques ou certains anticoagulants, pour lesquels le maintien d'un taux stable dans le sang est crucial. » Pour éviter de dérégler l'organisme, la règle d'or rappelée par le Pr Marty est « de ne jamais modifier brutalement l'heure de prise. »

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La stratégie à adopter dépend principalement de la durée du voyage. « Pour les séjours courts, le plus simple et le plus sûr reste souvent de conserver l'horaire habituel du pays d'origine. En revanche, pour les séjours longs impliquant un décalage important (à partir de 6 heures, voire plus), un ajustement progressif est préférable. » Cette transition doit d'ailleurs être anticipée dans les deux sens : à l'aller pour s'adapter au nouveau fuseau horaire, mais aussi au retour pour se redécaler en douceur. « Ainsi, décaler la prise d'une heure chaque jour permet au corps de s'ajuster progressivement tout en respectant au mieux l'intervalle nécessaire entre chaque dose. » Enfin, pour pallier les oublis favorisés par le changement de rythme en vacances, la programmation d'une alarme sur un téléphone portable constitue une aide simple.

Et pour la pilule ?

La gestion de la pilule demande une vigilance encore plus stricte, car les consignes varient selon les spécialités. Avant le départ, il est donc recommandé de vérifier la notice ou de demander conseil à un médecin ou un pharmacien. « En pratique, il ne faut jamais décaler la prise de la pilule de plus de 12 heures, sous peine d'annuler son effet contraceptif. »

Attention aux contrefaçons

Dans certains pays, le marché parallèle de la contrefaçon fait des ravages, alerte le spécialiste. « Il faut être extrêmement vigilant : en Inde, par exemple, les faux médicaments pullulent. Plus généralement, hors des pays occidentaux, les circuits de distribution ne sont pas toujours sécurisés. Les traitements sont parfois vendus dans de simples épiceries, au milieu des produits alimentaires, sans aucun contrôle de qualité. »

Vaccin et vacances : c'est maintenant

Pour les voyages longs ou en zones à risque, une consultation avant le départ est vivement conseillée. Elle permet de vérifier les vaccins obligatoires ou recommandés, et de préparer les éventuels rappels. « Pour un voyage en Asie, en Afrique ou en Amérique tropicale, par exemple, il faut vraiment adapter les vaccins à la destination et au type de voyage. » Le délai compte : certains vaccins doivent être faits plusieurs semaines avant le départ pour être efficaces. « Ainsi, pour un voyage cet été, il faut s'y prendre dès maintenant. »