« Depuis que j’ai vu l’affaire, je psychote car j’ai tout de suite reconnu l’institut où je suis allée. » Après l’annonce du décès d’une patiente lors d’une injection esthétique dans un salon niçois, lundi 27 juillet 2026, Jeanne (le prénom a été changé) ne cesse de repenser à cette journée où elle a poussé, quelques mois plus tôt, la porte du même établissement.
Une offre promotionnelle sur Instagram
En avril, accompagnée de sa belle-mère et de trois amies, cette Niçoise d’une vingtaine d’années découvre le salon après une offre promotionnelle repérée sur les réseaux sociaux. « Ma belle-mère l’avait vu sur Instagram, on s’est dit que c’était une trop bonne affaire, on a directement pris rendez-vous », raconte-t-elle. Comme beaucoup de clientes, le groupe se laisse séduire par la promesse d’injections à moindre coût, dans un cadre qui se veut rassurant.
Dès les premiers échanges effectués exclusivement sur les réseaux sociaux, les jeunes femmes savaient qu’elles n’avaient pas affaire à un professionnel de santé agréé. La gérante ne brandissait qu’un certificat d’esthétique, sans la moindre mention médicale. « Mais comme on était en groupe, on avait moins peur », admet Jeanne, qui allait effectuer sa toute première injection aux lèvres.
Un paiement en espèces et aucune fiche médicale
Lorsqu’elles arrivent sur place, l’apparence des lieux les rassure : « C’était propre, neuf. » Pourtant, plusieurs pratiques interpellent rétrospectivement Jeanne. Le règlement se fait uniquement en espèces. Aucun document médical n’est signé. Aucun véritable échange préalable sur les risques ou les précautions à prendre n’a lieu. « On vient, on paie et on fait la prestation », résume-t-elle.
La première séance, en mai dernier, est rapide : « En dix minutes, c’est fait. » Les lèvres sont désinfectées mais aucune crème anesthésiante n’est appliquée. « Puis elle pique direct, elle ne prend même pas le temps de nous présenter le produit utilisé. »
Des « boules » après la deuxième injection
Un mois plus tard, le groupe revient pour une nouvelle séance. Après cette deuxième injection, elles constatent l’apparition de petites « boules » au niveau des lèvres. « Ça serait normal, on avait prochainement encore un rendez-vous pour qu’elle nous masse. L’esthéticienne nous demandait de ne pas toucher nous-mêmes », raconte Jeanne, inquiète.
Avec le recul, la jeune femme reconnaît avoir peu questionné les conditions dans lesquelles l’acte était réalisé. « J’étais stressée par l’intervention en elle-même, donc je n’ai pas vérifié la propreté des seringues etc. Mais bon, dans ces moments-là, on est jamais sûrs que les gants soient bien changés entre deux patientes. »
Des questions qui tournent en boucle après le drame
Ce n’est finalement qu’après le drame survenu ce début de semaine que les questions ont commencé à « tourner en boucle » dans la tête de Jeanne : « Quel produit nous a-t-elle injecté ? D’où viennent-ils ? Qui était vraiment cette personne ? Il faut dire que ce n’est qu’un salon de beauté à la base… » Elle conclut : « Ce n’est que quand des événements comme celui se passent qu’on prend réellement les choses au sérieux. »



