À partir de ce lundi 15 juin 2026, les traitements anti-obésité Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie en France, une première dans l'Union européenne pour un remboursement pérenne de droit commun. La mesure a été confirmée le 28 mai par la ministre de la Santé Stéphanie Rist, via deux arrêtés publiés au Journal officiel.
Qui peut bénéficier du remboursement ?
Le remboursement cible les profils les plus à risque, après l'échec d'une prise en charge nutritionnelle n'ayant pas permis de perdre plus de 5 % du poids en six mois. Sont concernées les personnes présentant :
- un IMC supérieur ou égal à 40 (obésité massive) sans comorbidité, ou
- un IMC supérieur ou égal à 35 (obésité sévère) avec comorbidité.
Ces critères sont les mêmes que pour l'éligibilité à la chirurgie bariatrique. En 2025, 17,4 % des adultes étaient en situation d'obésité en France.
Médicaments concernés et prescription
Wegovy (sémaglutide, Novo Nordisk) et Mounjaro (tirzépatide, Eli Lilly) sont des analogues du GLP-1, administrés en injection hebdomadaire, qui agissent sur la satiété et le métabolisme. La prescription initiale reste réservée aux médecins des centres spécialisés de l'obésité (CSO), des CHU ou des services de nutrition et d'endocrinologie. L'ordonnance sécurisée doit s'accompagner d'un formulaire généré via le téléservice de l'Assurance maladie.
Une demande qui ne devrait pas exploser immédiatement
« Il faudra vraiment qu'on s'assure que les ordonnances sont parfaites », explique à l'AFP Eric Myon, pharmacien parisien et secrétaire général de l'UNPF, qui s'attelait encore cette semaine à identifier les médecins réellement habilités à prescrire. Pour lui, le principal changement immédiat sera l'harmonisation des prix : « À partir de lundi, tous les prix de ces GLP-1 seront identiques en France », alors qu'ils variaient jusqu'ici selon les officines. Il ne s'attend pas à une explosion de la demande à court terme, les médecins ne pouvant « pas voir tous les patients voulus d'ici à l'été ». De nombreux patients déjà traités mais ne répondant pas aux critères continueront donc à payer de leur poche - une quinzaine par semaine dans son officine.
Le remboursement est théoriquement conditionné à une alimentation moins calorique et une activité physique accrue. Mais « croyez-vous que des inspecteurs de la Haute autorité de santé iront vérifier que les gens font bien leur temps d'exercice chaque jour et qu'ils ont rempli correctement leur frigo ? », interroge Pierre-Yves Geoffard, professeur à l'École d'économie de Paris.
Un marché en pleine explosion
Environ un million de personnes seraient potentiellement éligibles, mais le ministère de la Santé table sur un coût total de 100 millions d'euros pour l'Assurance maladie en 2027 - une estimation prudente puisque le marché français de l'obésité pèse déjà plus de 150 millions d'euros, soit une multiplication par plus de 20 depuis 2024, selon Iqvia. Depuis le lancement de Wegovy en octobre 2024, le nombre de boîtes vendues progresse de 23 % par mois. L'arrivée prochaine de versions en comprimés, moins coûteuses que les injectables, pourrait encore accélérer la dynamique.



