Au-delà de l'urgence, les produits sanguins issus du don sont indispensables au traitement de nombreuses maladies. Transfusés directement ou transformés en médicaments, les globules rouges, les plaquettes et le plasma collectés grâce aux donneurs de sang sont utiles au traitement de très nombreuses pathologies, à commencer par les cancers et les maladies du sang, principales indications.
Trois produits sanguins
Un rappel s'impose : chargés de transporter l'oxygène, les globules rouges sont transfusés sous forme de culot globulaire, un concentré de globules rouges en suspension dans une quantité résiduelle de plasma et de solution additive. Les plaquettes, indispensables à la coagulation du sang, sont administrées sous forme de concentré plaquettaire. Le plasma, enfin, est le liquide support qui transporte les globules rouges et les plaquettes. Il est congelé frais avant transfusion ou transformé en médicaments.
Principales indications : cancers et maladies du sang
Toutes les indications pour une transfusion ne relèvent pas de l'urgence. La plupart interviennent dans le cadre de soins programmés qui nécessitent d'injecter, par perfusion intraveineuse, du sang ou l'un de ses trois composants. Toutes transfusions comprises (urgentes ou non), « les plus fréquentes (46 %) concernent les maladies du sang et les cancers : par exemple une anémie sévère (manque de globules rouges), une drépanocytose (maladie des globules rouges), une thrombopénie (manque de plaquettes) ou une leucémie, quand la moelle osseuse qui fabrique le sang en permanence ne fonctionne plus », explique le Dr Mireille Lamare, médecin responsable de la Maison du Don à Toulon.
34 % des produits sanguins sont utilisés lors des interventions chirurgicales (programmées ou non) et pour les traumatismes importants. « Certaines opérations peuvent entraîner des saignements abondants. Le patient peut être sous traitement anticoagulant et présenter un risque hémorragique, etc. » Enfin, 20 % sont destinés au traitement de pathologies très diverses. « Les insuffisants rénaux, par exemple, peuvent en avoir besoin quand leurs reins ne parviennent plus à synthétiser l'hormone qui contribue à la fabrication des globules rouges. »
Sur l'ensemble de ces transfusions, les urgences vitales ne représentent que 12 % des indications. « Un saignement abondant, par exemple après un traumatisme ou lors d'un accouchement, constitue une urgence vitale », indique le Dr Lamare. Comme les globules rouges ou les plaquettes, « le plasma peut être transfusé dans des situations d'urgence. Il est aussi utilisé pour le traitement des grands brûlés et des patients souffrant de maladies du système immunitaire, comme les bébés bulle ».
Des traitements issus du plasma
Le plasma a cette particularité qu'il peut aussi être transformé : un laboratoire français récupère les protéines (différents types d'immunoglobulines, d'anticorps, etc.) qu'il contient et les transforme en médicaments dérivés du sang, « une fabrication très encadrée ». « Les gammaglobulines sont notamment utilisées en urgence pour protéger contre le tétanos, la rage, l'hépatite B ou un risque infectieux après une blessure. Elles renforcent également l'immunité des patients greffés. » Les facteurs de coagulation issus du plasma sont transfusés aux patients souffrant d'hémophilie, « une maladie héréditaire caractérisée par l'absence d'une protéine indispensable à la coagulation ». Avec les immunoglobulines, « on traite des neuropathies et des déficits immunitaires primitifs – comme la maladie de Kawasaki », une inflammation des vaisseaux sanguins qui affecte des enfants de moins de 5 ans. Et c'est encore un médicament préparé à partir du plasma qui est injecté aux femmes enceintes de rhésus négatif quand le papa est de rhésus positif, pour éviter que leur organisme ne fabrique des anticorps dangereux pour le bébé.
« On développe de plus en plus de médicaments à base de plasma. Il est donc crucial, stratégique de renforcer notre autonomie. » Actuellement, les dons de sang collectés dans l'Hexagone garantissent l'approvisionnement en globules rouges et en plaquettes, mais la France doit acheter du plasma à l'étranger.
Comment donner ?
Le don du sang est possible toutes les 8 semaines (mais limité à 4 fois par an pour les femmes). Le prélèvement lui-même ne prend que 10 à 12 minutes, mais il faut prévoir une heure, entre l'accueil, l'entretien médical, le don et la collation. Pour les plaquettes, le don peut s'effectuer toutes les 4 semaines (prévoir 2 heures) : « c'est le médecin qui sollicite les donneurs répondant à des critères particuliers ». Le don de plasma s'effectue par plasmaphérèse, technique qui consiste à séparer et à extraire le plasma contenu dans un prélèvement sanguin tandis que les autres éléments sanguins sont retournés au donneur. « Il est autorisé toutes les deux semaines. Il faut compter 1 h 30. Le plasma étant composé à 90 % d'eau, si on s'hydrate bien, on récupère très vite », précise le Dr Lamare. Le don est possible dans les maisons du don partout en France, « y compris quand on est en vacances puisqu'on a plus de temps… On cherche toujours de nouveaux donneurs, conclut-elle. Et on essaie de très bien les accueillir ! » Pour donner, il suffit de prendre rendez-vous à la maison du don la plus proche.



