Internes en psychiatrie : « Les politiques ne nous entendent pas »
Internes en psychiatrie : « Les politiques ne nous entendent pas »

Les internes en psychiatrie, réunis en congrès national à Montpellier les 10 et 11 septembre, alertent sur l'état de santé mentale des Français et dénoncent un manque de moyens chronique. Selon une enquête de la Fédération hospitalière de France (FHF) publiée en mai 2026, plus d'un Français sur deux présente des signes d'anxiété, et près d'un sur quatre est suspecté de souffrir d'un trouble anxieux généralisé. Les 18-24 ans sont les plus touchés (42 %), et 42 % des personnes concernées renoncent à consulter par crainte du diagnostic.

Un constat alarmant partagé par les internes

Le thème du congrès, « Climat mental », reflète l'inquiétude des jeunes praticiens. « Vulnérabilité suicidaire, troubles borderline, santé périnatale, difficultés relationnelles, parcours de soins… notre discipline est le miroir de la société, tout ce qui la traverse arrive dans nos consultations », a lancé en préambule le Pr Delphine Capdevielle, cheffe du pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie au CHU de Montpellier. Cinq internes, dont Marie Rouxel-Thomat, présidente de l'Association française fédérative des étudiants en psychiatrie (Affep), et les Montpelliéraines Sara Abdellaoui, Noa Ravix, Rislaine Mohand et Sarah Cadot, ont témoigné de leur quotidien.

Le manque de moyens, première préoccupation

Interrogées sur ce qui les marque le plus dans leurs premières années d'exercice, toutes répondent : le manque de moyens. « Il n'y a pas assez d'argent, quand vous voyez un enfant aux urgences, vous ne savez pas à quel confrère l'adresser. Il n'y a que 485 pédopsychiatres en France, avec une moyenne d'âge de 60 ans », a rappelé Noa Ravix. « On ne fait pas assez notre métier, la prise en charge sociale prend de plus en plus de place dans la clinique psychiatrique », a-t-elle regretté, dénonçant « les manques de l'aide sociale à l'enfance ».

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Sarah Cadot a décrit des difficultés de réorientation : « On a tendance à prendre tout le monde, mais quand il s'agit de réorienter on ne trouve personne. C'est compliqué de trouver un psychiatre en libéral. Et il faut des mois pour accéder à un CMP. » À Béziers, l'attente pour un centre médico-psychologique se compte en années : trois ans. « Si on parvient à hospitaliser un patient, c'est très compliqué d'avoir une continuité des soins », a ajouté Sara Abdellaoui.

Démographie médicale : la rupture depuis 2019

L'Affep dresse un état des lieux sans appel : 563 postes d'internes en psychiatrie non pourvus de 2016 à 2026, avec un « point de rupture » situé en 2019. « Il y a eu des grèves cette année-là, un rapport parlementaire a fait état d'un secteur au bord de l'implosion… les étudiants se sont reportés vers la médecine générale », a expliqué Maxence Lacroix, qui a évoqué « des internats avec 50 % des postes vacants », « des services, des hôpitaux de jour, des centres médico-psychologiques fermés ». En Occitanie, les subdivisions de Montpellier et Toulouse affichent des indicateurs favorables, mais la situation est « compliquée » à Clermont-Ferrand, Dijon et Caen. « Même quand les voyants sont au vert, la situation est difficile », a-t-il conclu.

« Les politiques ne nous entendent pas »

Marie Rouxel a exprimé la frustration des internes : « Les politiques ne nous entendent pas, ils ne prennent pas l'avis des praticiens. » Revenant sur une déclaration de la ministre de la Santé Stéphanie Rist, elle a demandé : « Elle dit que les enfants repérés à l'école seront prioritaires pour l'accès à un CMP, comment on fait ? »

Aux urgences, les internes constatent un afflux de jeunes en crise. « On voit beaucoup de jeunes en crise suicidaire, ou crise d'angoisse. Des patients aussi qui viennent là parce qu'ils ne trouvent pas de psychiatre libéral », a décrit Noa Ravix. « C'est frustrant, même si à Montpellier, on a un système de reconvocation des patients suicidaires, en fonction de certains critères. » Elle a également noté « beaucoup d'urgences ressenties, des situations qui auraient pu être gérées en ambulatoire, qui arrivent aux urgences faute de médecins disponibles ». En pédopsychiatrie, la demande de prise en charge d'urgence « explose, à moyens constants, surtout depuis que les 16-18 ans relèvent de la pédopsychiatrie ».

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Des chiffres qui inquiètent

L'enquête de la FHF révèle que les jeunes femmes et les jeunes filles sont en première ligne : +23 % d'hospitalisation chez les 10-14 ans, +47 % chez les 15-19 ans et +49 % pour les 20-24 ans. La hausse des hospitalisations pour tentative de suicide est jugée « l'indicateur le plus préoccupant » : +25,4 % chez les femmes et surtout +118 % chez les 10-14 ans, qui représentent 66 % des hospitalisations. L'hôpital public suit « 80 % de la file active des adultes et 95 % de celle des enfants et des adolescents ». Près d'un Français sur deux avec un problème de santé mentale déclare rencontrer des obstacles dans sa prise en charge, et ils sont 79 % chez les 18-24 ans. Pour 45 %, les délais d'attente pour voir un psychiatre sont jugés « trop longs ».

Éco-anxiété et violences sexuelles

Les internes notent que « les violences sexuelles et la soumission chimique » sont de plus en plus évoquées, notamment depuis l'affaire Lyhanna. « Les tabous tombent. Les patients, on les croit, et on n'est plus sur le mythe d'un auteur pervers narcissique », a ajouté Rislaine Mohand. Sara Abdellaoui a observé que « la question de l'avenir » se pose dans les crises suicidaires : « L'éco-anxiété est une question qui ressort aux urgences, quand on interroge les jeunes sur leur faculté à se projeter. Les perspectives d'avenir sont mises à mal », par les guerres et l'instabilité politique. Rislaine Mohand a également pointé l'usage des réseaux sociaux, notamment TikTok, qui envoie un fil d'information continu anxiogène : « On travaille avec eux sur le changement de mots-clés », pour un flux moins anxiogène.