Le syndicat des médecins libéraux et le Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique ont adressé un courrier à la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, après la mort de deux femmes survenues à quelques mois d'intervalle dans le cadre d'injections illégales. Le dernier décès a eu lieu à Nice le lundi 27 juillet ; un précédent cas avait été signalé à Lyon en mars. Face à ce qu'ils décrivent comme un phénomène en pleine expansion, les professionnels demandent une réaction politique immédiate.
Des années d'alertes restées sans réponse
Dominique Bellecour, président de l'Union de la médecine esthétique du syndicat des médecins libéraux, ne cache pas sa colère. Interrogé par Le Parisien, il rappelle que les avertissements se multiplient depuis longtemps : « Voilà des années que l'on alerte sur les graves mutilations causées par ces fausses injectrices, issues du milieu de l'esthétique, de la coiffure, du bien-être qui jouent aux médecins dans des cabinets clandestins. » Selon lui, les pratiques illégales ne se limitent pas à des locaux discrets : elles peuvent se dérouler dans des salons esthétiques, des locations de type Airbnb, voire des caves.
Le médecin dénonce l'action de ces « fakes injectors » qui, dit-il, « tuent ». À Nice comme à Lyon, les deux victimes avaient en effet été prises en charge par des personnes sans formation ni autorisation, soulignant l'absence totale de cadre sécuritaire autour de ces actes.
Un phénomène qui ne cesse de gagner du terrain
Dominique Bellecour explique que ce phénomène est « apparu dans les années 2010 » et que, depuis, il « ne cesse de gagner du terrain ». La mort de ces deux femmes donne une visibilité nouvelle à un problème souvent minimisé, alors que les réseaux clandestins prospèrent sur les réseaux sociaux et dans l'économie souterraine de l'esthétique.
Les signataires de la tribune estiment que l'inaction n'est plus acceptable. Ils réclament la mise en place d'une « stratégie nationale » pour endiguer ces pratiques meurtrières, à commencer par la création d'un « observatoire national de la médecine esthétique ». L'objectif est clair : « Nous avons besoin de chiffres, de statistiques et non d'estimations pour savoir comment combattre ces réseaux clandestins », insiste Dominique Bellecour.
Le retour des généralistes dans la médecine esthétique
Au-delà de la répression, les médecins libéraux proposent une solution concrète : rendre aux médecins généralistes le droit d'effectuer des injections de Botox, un droit qu'ils n'ont plus depuis plus d'un an. Cette restriction, selon les spécialistes, pousse les patients vers des circuits dangereux. « Tant que des praticiens formés à ces actes rencontreront des difficultés pour exercer dans un cadre sécurisé, des patients iront chercher des réponses ailleurs. Cet ailleurs, ce sont les fakes injectors, ces marchands de mort qui injectent des produits sans aucune compétence », regrette Dominique Bellecour.
En élargissant l'accès à des professionnels qualifiés, le secteur espère réduire l'attractivité des filières illégales. La tribune, cosignée par le Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique, met en avant la nécessité de former davantage de praticiens et de garantir un suivi médical rigoureux pour chaque acte.
La balle dans le camp du ministère
Alors que les deux décès récents ont relancé le débat, les médecins attendent désormais une réponse concrète de Stéphanie Rist. Le courrier, envoyé après la mort de la femme à Nice, invite le ministère à coordonner les actions de contrôle, à renforcer les sanctions contre les contrevenants et à lancer une campagne de sensibilisation auprès du public.
Les spécialistes rappellent que la médecine esthétique ne devrait jamais être pratiquée hors d'un cadre légal stricte. Les injections, qu'il s'agisse d'acide hyaluronique ou de Botox, comportent des risques importants si elles sont réalisées par des personnes incompétentes : infections, nécroses, cicatrices définitives, et dans les cas les plus graves, décès. La mobilisation des médecins libéraux marque une étape supplémentaire dans un combat qu'ils mènent depuis des années, avec l'espoir que les pouvoirs publics prennent enfin la mesure du danger.



