Une équipe internationale de scientifiques a analysé 2 674 articles publiés entre 1994 et 2024 par l'Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille (IHU), le centre de recherche cofondé par Didier Raoult. Selon une étude parue ce mois-ci dans la revue Research Integrity and Peer Review, 853 de ces publications présentent des « préoccupations éthiques et juridiques substantielles ». Didier Raoult apparaît comme coauteur dans 758 de ces articles litigieux.
Des manquements éthiques multiples
Les problèmes recensés sont variés : absence d'approbation éthique enregistrée pour 343 articles, obtention rétroactive d'autorisations après le début des études, réutilisation d'une même approbation pour plusieurs travaux distincts, et au moins 78 articles décrivant des recherches biomédicales qui ne semblent pas respecter la législation française en matière de protection des sujets humains. Ces dysfonctionnements ont déjà conduit au retrait de 64 articles et à l'apposition d'une « expression de préoccupation » sur 270 autres, signalant des doutes majeurs sur la rigueur scientifique de ces travaux.
L'étude sur l'hydroxychloroquine au cœur de la polémique
Didier Raoult avait accédé à une notoriété mondiale en mars 2020, lorsque son équipe avait publié une étude affirmant que l'hydroxychloroquine, un médicament antipaludéen, était efficace contre le Covid-19, surtout en association avec l'azithromycine. Cette étude, depuis rétractée pour des raisons éthiques et scientifiques en 2025, est devenue l'une des publications les plus célèbres de la pandémie et a été citée des milliers de fois, malgré l'absence de preuve d'efficacité du traitement. À l'époque, Donald Trump avait qualifié ces travaux de « révolutionnaires », tandis que le Dr Anthony Fauci, alors conseiller pour la santé publique de la Maison-Blanche, mettait en garde contre des preuves « anecdotiques » et appelait à des essais cliniques rigoureux. Le Dr Mehmet Oz, aujourd'hui à la tête des Centers for Medicare and Medicaid Services, avait également relayé l'enthousiasme de Donald Trump, qualifiant ces travaux de « révolutionnaires » et affirmant que « les données sont si fortes » qu'il comprenait pourquoi les Américains voulaient prendre ces comprimés. Derrière les caméras, le Dr Mehmet Oz multipliait les e-mails aux responsables de l'administration Trump pour vanter la qualité des recherches de Didier Raoult, les décrivant comme une « solution potentielle à la pandémie » dans un message adressé à Jared Kushner, gendre du président américain, rapporte The Guardian.
Des conséquences lourdes pour la recherche
Pour Lonni Besançon, chercheur à l'Université de Linköping en Suède et coauteur de la nouvelle analyse, l'article rétracté a eu des conséquences lourdes puisqu'il a alimenté l'idée fausse qu'un « remède » existait. De même qu'il a provoqué des pénuries d'hydroxychloroquine, détourné l'attention des scientifiques vers cette piste au détriment d'autres traitements prometteurs, et servi de carburant aux théories complotistes anti-vaccins. « Beaucoup de temps a été perdu », résume-t-il. D'autre part, il estime que les mauvaises pratiques de l'IHU ont conduit à « gaspiller » des millions d'euros de fonds consacrés à la recherche. Il déplore également que de nombreux étudiants aient été formés dans des conditions qui ne leur ont pas permis d'acquérir les bonnes pratiques scientifiques. « Pour moi, c'est ça qui compte. S'assurer que nous puissions promouvoir une science de qualité, rigoureusement contrôlée et responsable. »
La réponse de l'université
Dans un communiqué, l'université affirme avoir pris « toutes les mesures relevant de sa compétence » dès 2020, mené sa propre enquête, coopéré avec les autorités et renforcé ses mécanismes de prévention et de contrôle. Elle réaffirme que « l'éthique et l'intégrité de la recherche sont des piliers fondamentaux » de sa politique scientifique.



