Alors que l'intelligence artificielle (IA) s'impose dans le domaine de la santé, des spécialistes alertent sur la nécessité de repenser l'interface entre les professionnels de santé et les machines. Selon un rapport publié le 24 juin 2026 par le think tank "Santé et Société", il serait crucial d'humaniser cette interface pour éviter une déshumanisation des soins et faire face à ce qu'ils appellent la "tempête de l'IA".
Un constat alarmant sur l'impact de l'IA
Le rapport, intitulé "Pour une santé augmentée, pas déshumanisée", s'appuie sur une enquête auprès de 1 200 professionnels de santé en France. Il révèle que 68 % des médecins interrogés estiment que l'IA améliore l'efficacité diagnostique, mais 72 % craignent qu'elle n'altère la qualité de la relation avec le patient. "L'IA ne doit pas devenir un écran entre le soignant et le soigné", prévient le Dr. Sophie Lefèvre, co-auteure du rapport.
Des propositions concrètes pour humaniser l'interface
Pour remédier à ce risque, les experts proposent plusieurs mesures. Notamment, la conception d'interfaces utilisateur qui intègrent des éléments de communication non verbale, comme des icônes représentant l'empathie ou des alertes visuelles pour rappeler au praticien de maintenir un contact visuel. "Il faut que la machine s'efface pour laisser place à l'humain", explique le Pr. Marc Dubois, spécialiste en éthique médicale.
Un enjeu de formation et de régulation
Le rapport insiste également sur la formation des soignants à l'utilisation de ces outils. Actuellement, seulement 34 % des facultés de médecine françaises intègrent un module sur l'IA dans leur cursus. "Nous devons préparer les futurs médecins à collaborer avec l'IA sans perdre leur humanité", ajoute le Dr. Lefèvre. Par ailleurs, les auteurs appellent à une régulation plus stricte des algorithmes pour garantir leur transparence et leur équité.
Des exemples concrets à l'étranger
Le rapport cite des initiatives étrangères, comme au Canada où des hôpitaux utilisent des "agents conversationnels empathiques" pour préparer les patients à une consultation. Ces systèmes, conçus avec des psychologues, permettent de recueillir les symptômes tout en maintenant un ton rassurant. En France, quelques établissements pilotes expérimentent des dispositifs similaires, mais leur déploiement reste limité.
Un appel à une mobilisation collective
Face à l'urgence, le think tank appelle à une mobilisation de tous les acteurs : pouvoirs publics, industriels du numérique, professionnels de santé et patients. "Nous sommes à un tournant. Si nous ne faisons rien, l'IA pourrait creuser un fossé entre soignants et patients. Mais si nous agissons maintenant, elle peut devenir un formidable outil pour renforcer la relation de soin", conclut le Pr. Dubois. Le rapport sera présenté le 30 juin 2026 lors d'un colloque à Paris.



