Dominique Farrugia se confie sur sa sclérose en plaques : "C'est très compliqué"
Dominique Farrugia : "C'est très compliqué d'avoir ça au-dessus de la tête"

Dans son ouvrage Elle ne m'a jamais quitté (Robert Laffont), Dominique Farrugia, 59 ans, se livre sans fard sur sa cohabitation de trente ans avec la sclérose en plaques. L'ancien membre des Nuls, aujourd'hui en fauteuil roulant depuis quatre ans, raconte son combat quotidien contre la maladie, sa carrière à Canal+ et ses propositions pour améliorer la vie des personnes handicapées.

Un déclencheur lié à la mort de Bruno Carette

Farrugia associe l'apparition de sa maladie à la disparition de son complice Bruno Carette, mort le 8 décembre 1989. "Après le départ de Bruno, j'ai vécu des attaques de panique et ma sclérose en plaques date d'à peine six mois après sa disparition", confie-t-il. Il se souvient qu'André Rousselet, alors PDG de Canal+, avait loué un avion pour que toute la chaîne puisse assister aux obsèques dans le Sud. "Rousselet a demandé à Lescure combien il fallait de personnes pour faire tourner la boutique. Tout le reste de la boîte est parti rendre hommage à Bruno. Ils ont même ajouté des wagons à un TGV."

Le quotidien avec la sclérose en plaques

Farrugia décrit une évolution inéluctable : "La sclérose en plaques vous emmène vers quelque chose, vous passez de la marche à la canne, de la canne au fauteuil et du fauteuil au lit. Ce que je veux, c'est ne pas aller du fauteuil au lit." Pour repousser cette échéance, il a subi une réduction de l'estomac, passant de 130 kg à 76 kg. "Grâce à ça j'arrive à me remobiliser, pas à marcher, mais au moins à faire quelques pas, me bouger", explique-t-il. Il évoque aussi la fatigue lors de la promotion de La Cité de la peur : "C'était vraiment difficile, on faisait une ville par jour et j'essayais de faire les mêmes choses que les autres."

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Un parcours professionnel marqué par la maladie

Farrugia a longtemps caché sa maladie à ses employeurs. "C'était compliqué d'en parler, j'avais peur d'en parler", admet-il. Sur le tournage de Delphine 1, Yvan 0, il a tu la maladie aux assureurs. En 2010, pour Le Marquis, face à l'inquiétude des banques, il a dû prendre un premier assistant capable de lui succéder. "J'ai fait une projection du film et je leur ai dit que je n'étais pas mort… C'est un peu humiliant et en même temps je les comprends. C'est très compliqué d'avoir ça au-dessus de la tête."

Des combats pour le handicap

Dans son livre, Farrugia formule des propositions concrètes : il demande que l'AAH (Allocation aux adultes handicapés) soit déconnectée des revenus du conjoint et défend le principe de l'assistance sexuelle pour les handicapés. "Mais ça, personne ne veut en parler, c'est tabou", note-t-il. Interrogé sur l'action d'Emmanuel Macron, il juge : "Ils ont fait plein de choses, pour moi pas assez, ce ne sera jamais assez. Il faut qu'on arrive à ouvrir le débat, c'est dommage, on n'arrive pas à créer un lobby assez important comme celui des chasseurs." Il critique également le manque d'inclusivité : "La France qui se réveille verte avant les élections ferait bien de se réveiller inclusive. Elle ne l'est pas du tout. Moi qui vis à Paris, c'est compliqué." Il cite Montpellier en exemple pour ses travaux d'accessibilité.

Les années Canal+ et la drogue

Farrugia revient sur ses débuts à Canal+ en juillet 1984, à 21 ans. "Un souvenir incroyable. Moi qui ne savais pas exactement ce que j'avais envie de faire dans la vie, d'un coup, j'ai trouvé." Il raconte sa rencontre avec Alain Chabat, qui l'invite à écrire pour Objectif Nul. Après la mort de Carette, Alain de Greef les pousse à continuer. Les Nuls imposent une clause contractuelle : une fête après chaque émission. "On écrivait quasiment cinquante minutes par semaine, c'était énorme, avec beaucoup de stress, on voulait un after show. Je n'étais pas le dernier pour m'amuser." Farrugia admet avoir sombré dans l'alcool et la cocaïne après son départ de Canal+. Sa dernière prise de cocaïne était chez Jean-Luc Delarue. "Je suis parti, alors que je n'arrivais plus à marcher, ce qui m'a permis de comprendre qu'il ne fallait plus jamais prendre cette saloperie." Il attribue son rebond à sa rencontre avec sa femme Isabelle.

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Regard sur l'évolution de Canal+ et l'avenir

Farrugia, aujourd'hui à la tête du pôle fiction d'Endemolshine, se montre prudent sur le rapprochement TF1-M6. "Si on continue à avoir deux guichets pour produire séries et films, c'est formidable d'avoir un mastodonte, il ne faut pas que ça se fasse au détriment de la création." Sur l'évolution de Canal+ sous Bolloré, il déclare : "Je n'ai aucun problème avec ce qu'est devenu Canal+. La télé se consomme différemment, il y a une résurrection de la fiction française et Canal est devenu une plateforme avec énormément de contenus créés. Je n'ai jamais cru vraiment à l'esprit Canal, encore moins à l'esprit Canal disparu. Je ne regrette rien, je vais de l'avant." Quant à une possible réunion des Nuls, il écarte l'idée : "On a réussi à faire un film qui reste dans les mémoires, La Cité de la peur, ce n'est pas pour en faire un moins bon, donc on ne va pas refaire quelque chose ensemble."