Un drame qui illustre un nouveau problème de santé publique. Trois personnes ont été mises en examen, dont deux femmes placées en détention provisoire, après le décès d’une cliente dans un institut de beauté de Nice lors d’un soin esthétique réalisé sans autorisation, a annoncé ce jeudi le procureur Damien Martinelli.
Les faits : un malaise fatal après une injection de lidocaïne
Lundi en début d’après-midi, une femme de 25 ans se rend dans un petit salon de beauté situé dans l’ouest de Nice pour des injections de Botox au niveau des fesses. Mais la jeune femme fait un malaise juste après une première injection de lidocaïne, un produit anesthésiant, et n’a pas pu être réanimée, précise un communiqué du procureur.
Produits et matériel en provenance d’Asie saisis
La gérante du salon, âgée d’environ 28 ans, et la femme ayant réalisé l’injection, âgée d’environ 36 ans, ont été rapidement placées en garde à vue. Mardi, le mari de la seconde, qui avait emporté des produits juste après le drame, les a remis aux enquêteurs et a lui aussi été placé en garde à vue. Lors de la perquisition du salon, les enquêteurs ont trouvé 1 500 euros en liquide et « de nombreux produits neufs et usagés, notamment des médicaments, des seringues et des produits injectables manifestement en provenance d’Asie », selon le communiqué.
Des intervenants sans formation et un réseau occulte
La femme ayant réalisé l’injection n’avait aucune formation spécifique et intervenait via le bouche à oreille depuis 2022. Installée en région parisienne, elle était en vacances dans le Var et avait été sollicitée par la gérante du salon niçois. Cette dernière a ouvert le salon il y a deux ans et le louait à des intervenants extérieurs, le plus souvent contre des paiements en liquide. Après avoir pratiqué des injections, elle ne proposait elle-même que des soins du visage ou de blanchiment dentaire.
Enquête judiciaire et mesures conservatoires
À l’issue des gardes à vue, une information judiciaire a été ouverte mercredi pour homicide involontaire, mise en danger d’autrui, exercice illégal de la profession de médecin ou encore pratique commerciale trompeuse. Les deux femmes ont été placées en détention provisoire et l’homme sous contrôle judiciaire.
Un phénomène en pleine expansion
L’affaire s’inscrit « dans un contexte de développement de ces activités illicites et dangereuses », a regretté Damien Martinelli. En juin, sa juridiction a connu deux affaires distinctes autour d’injections clandestines. Trois personnes ont été condamnées à douze à dix-huit mois de prison avec sursis probatoire et une personne a été placée sous contrôle judiciaire en attente d’un procès.
Des professionnels tirent la sonnette d’alarme
Dans un communiqué, le Dr Eric Essayagh, médecin esthétique à Nice et coprésident du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique, a dénoncé « une urgence de santé publique ». « Aujourd’hui, nous estimons que plus de 40 % des injections esthétiques sont réalisées en dehors du cadre médical, dans des appartements, des instituts ou des lieux qui échappent à tout contrôle », a-t-il fait valoir.
En mars, une femme d’une quarantaine d’années est décédée après avoir reçu des injections de lidocaïne et d’acide hyaluronique dans les fesses dans un appartement à Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise. Ce nouveau drame relance l’appel à une régulation plus stricte des pratiques esthétiques non médicales.



