Une petite boîte bleue et blanche avec 12 alvéoles : voici Ma Madeleine, un dispositif connecté de rééducation olfactive développé à Nice par une équipe pluridisciplinaire. Présenté par Xavier Fernandez, professeur à l'Institut de chimie de Nice, ce kit breveté associe stimulation olfactive et cognitive pour aider les personnes souffrant de perte d'odorat, un trouble qui touche 8 % de la population.
Une prise de conscience de l'importance de l'odorat
En 2020, durant la crise de la Covid-19, les gens ont réalisé que l'odorat n'était pas un sens secondaire. « La vie sans odeur est très compliquée », souligne Xavier Fernandez, vice-président Innovation et Valorisation de la recherche à l'Université Côte d'Azur. La perte d'odorat, appelée anosmie, ampute directement le goût. « Quand on mange, ce qu'on perçoit dans l'arôme d'un aliment, c'est essentiellement l'odeur », explique le chimiste.
L'anosmie a aussi des effets sur la santé mentale. « Chez les personnes qui ont conscience de cette perte, 3 sur 10 développent des manifestations de type anxieux ou dépressif », indique le Dr Clair Vandersteen, chirurgien ORL à l'Institut Universitaire de la Face et du Cou (IUFC) à Nice. « Quand la perte d'odorat est brutale et durable, l'impact psychologique est plus fort. Pendant la Covid-19, 9 personnes sur 10 pleuraient en consultation. »
La pandémie a mis en évidence le manque d'outils thérapeutiques adaptés pour traiter efficacement l'anosmie. C'est pour répondre à ce problème qu'en 2021, une équipe composée d'un médecin ORL, d'orthophonistes, de neuroscientifiques, d'un chimiste azuréen, d'une parfumeuse et d'une entreprise spécialisée dans l'innovation (Givaudan et One Point) a conçu un kit de rééducation innovant.
Comment fonctionne la mallette de rééducation ?
Ma Madeleine cible les troubles olfactifs périphériques consécutifs à une infection virale ou d'origine plus centrale, comme ceux rencontrés dans les formes précoces de maladies neurodégénératives (Alzheimer). L'outil repose sur un dispositif hybride combinant un kit physique avec 12 parfums et une application numérique.
« Sur chacun des douze tubes en cellulose de la mallette, on met une odeur différente », détaille Xavier Fernandez. « Le patient en prend un, respire, puis flashe le QR code du parfum, ce qui déclenche un exercice sur un smartphone ou une tablette. » Le principe n'est pas de deviner l'odeur, mais de travailler sur des images, des mots, des souvenirs, des émotions et des échelles d'intensité pour reconnecter le cerveau à l'odeur.
« Cette rééducation repose sur une technique dite des réseaux sémantiques qui reconstitue l'ensemble des traits spécifiques de l'odeur », explique Auriane Gros, professeure en Neurosciences à l'Université Côte d'Azur et directrice du département d'orthophonie de Nice. L'innovation réside dans cette approche bimodale. « L'outil associe à la stimulation olfactive une stimulation cognitive, faisant appel à la mémoire, à la réflexion sur l'odeur, à des associations visuelles ou linguistiques », ajoute le Dr Vandersteen.
Quels profils de patients peuvent rééduquer leur odorat ?
La rééducation est le principal traitement pour certaines pertes d'odorat, mais son efficacité varie selon l'origine de l'anosmie. Les causes peuvent être post-virales, post-traumatiques, idiopathiques, inflammatoires ou neurologiques.
« Lorsque la cause est d'origine virale, on obtient souvent de bons résultats, de l'ordre de 60 à 70 % d'amélioration », précise le Dr Vandersteen. « En revanche, pour les causes rhinosinusiennes chroniques comme la polypose, le bénéfice direct est plus faible, tout comme dans le cas d'une perte post-traumatique où l'efficacité est de l'ordre de 10 à 15 %. »
Un test clinique valide l'efficacité de l'outil
Un test clinique réalisé auprès de 83 patients du CHU de Nice, entre novembre 2021 et juin 2022, a validé l'efficacité du kit. « Nous avons démontré une amélioration notable de la qualité de l'olfaction, un effet sur le bien-être, la santé mentale et une amélioration des performances sémantiques », souligne Auriane Gros. L'étude a également mis en lumière un atout majeur : l'amélioration de l'assiduité du patient dans sa rééducation. « L'observance est un facteur clé pour récupérer l'odorat. »
Innovation cherche entrepreneurs
Bien que l'outil soit breveté et prêt, il reste indisponible au grand public. « Cette situation est liée à la nature même de notre consortium, composé de chercheurs, médecins et d'entreprises qui n'ont ni la vocation ni la force commerciale pour assurer la mise sur le marché », explique l'équipe. Celle-ci cherche des entrepreneurs désireux d'exploiter le brevet pour diffuser Ma Madeleine en France et à l'international, permettant ainsi aux patients de rééduquer leur odorat. L'appel est lancé.



