Canicule et fertilité masculine : quels risques pour la reproduction ?
Canicule et fertilité masculine : quels risques ?

Canicule et fertilité masculine : le vrai du faux

« Plein les c… du réchauffement climatique ! » Cette semaine, la France est écrasée par un épisode de chaleur inédit avec des pointes à plus de 39 °C selon Météo-France. Une nouvelle vague qui devrait se répéter de plus en plus souvent à l’avenir et qui pourrait avoir des conséquences sur… la fertilité des hommes.

En effet, plusieurs études récentes montrent que les chaleurs extrêmes font augmenter les risques d’avoir un faible nombre de spermatozoïdes, ce qui entrave la procréation. Avec l’augmentation de la fréquence des vagues de chaleur, les capacités reproductives des hommes sont-elles en danger ?

La chaleur dégrade la production de spermatozoïdes

Pas totalement, répondent les spécialistes que 20 Minutes a interrogés. Il est vrai que les testicules ont une température bien à eux. « La température scrotale doit se situer aux alentours de 33,5 °C et 34 °C contre 37 °C pour la température centrale du corps humain. Donc comme la nature est bien faite, elle a situé cette poche à l’extérieur du corps humain », nous indique le docteur Samir Hamamah, président de la Fédération française d’étude de la reproduction.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

« La chaleur est l’un des facteurs qui peuvent impacter le déroulement de la spermatogenèse. Surtout dans la première phase de la fabrication et du développement des spermatozoïdes », détaille le médecin.

William Akakpo, chirurgien urologue, andrologue et spécialiste de la fertilité masculine précise : « L’hyperthermie testiculaire agit négativement sur le développement des cellules germinales, à l’origine des spermatozoïdes. On voit alors une altération de ces cellules pouvant aboutir à une réduction du nombre de spermatozoïdes. » Un phénomène constaté, par exemple, chez les enfants atteints de cryptorchidie (les testicules qui ne sont pas descendus) et utilisé dans le cadre de la contraception par slips chauffants ou via les anneaux contraceptifs (qui font remonter les testicules).

Ainsi, en cas de surchauffe, outre la diminution du nombre de spermatozoïdes produits, ceux qui le sont voient leur mobilité également diminuée. Ce qui peut également entraîner une augmentation de la mortalité embryonnaire en cas de fécondation selon Samir Hamamah.

Pas de danger direct

Toutefois, les deux spécialistes se veulent rassurants. Les fortes températures que nous vivons ne sont pas à même de mettre à mal ce développement directement.

D’abord parce qu’à moins d’arriver avant la puberté et de manière intensive, les effets de la chaleur ne sont pas irréversibles. Le cycle de formation d’un spermatozoïde est de 74 jours, et les « lignées » (les millions de spermatozoïdes fabriqués dans une journée) impactées sont ensuite remplacées. « Si vous réglez ce problème de chaleur, ça peut s’améliorer sous 3 à 6 mois », explique William Akakpo.

Ensuite parce que le corps humain est capable d’une grande adaptation. Par exemple, la production spermatique ne diffère pas entre l’hiver et l’été. « Regardez les populations qui vivent dans des pays où il fait chaud toute l’année, les pays du Golfe, la Nouvelle-Calédonie ou encore les Antilles. Ils n’ont pas plus de problème de fertilité qu’ailleurs. Il y a ce qu’on appelle des modifications épigénétiques, des changements dans l’activité des gènes, n’impliquant pas de modification de la séquence d’ADN », illustre Samir Hamamah.

Pantalons serrés, sport intensif… d’autres causes aggravées par les températures

Toutefois, note le médecin, « ils portent souvent des vêtements et des caleçons larges ». Car ce qui est susceptible de dégrader la production des spermatozoïdes, ce sont d’autres raisons comme le port de sous-vêtements ou de pantalons trop serrés pouvant remonter les testicules, une pratique importante du vélo quotidienne et trop importante ou des sports intensifs, la fréquentation de saunas, ou les bains chauds réguliers.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Ces pratiques, déjà nocives pour la fertilité des hommes, sont susceptibles d’être davantage délétères lors de fortes chaleurs et donc en période de canicule. « Mais ce sont des choses à éviter toute l’année en réalité », précise William Akakpo qui cite par exemple les sièges chauffants utilisés dans certaines voitures en hiver. Des usages à proscrire pour les hommes qui souhaitent procréer.

Stress et sommeil à rudes épreuves

En revanche, le réchauffement climatique peut avoir des effets annexes très concrets. Stress causé par la chaleur, sommeil dégradé, éco-anxiété, ces paramètres influent négativement sur la qualité du sperme.

Une production spermatique qui a dégringolé ces dernières décennies. De plus de 100 millions par millilitres dans les années 1970, elle est tombée à 50 millions aujourd’hui. Soit une diminution de plus de 50 % en cinquante ans. Une chute causée en partie par l’absorption de perturbateurs endocriniens et à la pollution qui peuvent aussi être accentuées par le réchauffement climatique.