Canicule à l'école : des enseignants à bout, des classes à 35°C
Canicule : des classes à 35°C, des enseignants à bout

« C’est affreux », lâche Sophie*, enseignante de CP dans une école de réseau d’éducation prioritaire (REP) de Nouvelle-Aquitaine. Depuis le début de l’épisode de canicule, elle décrit des conditions de travail intenables. « Mardi, on avait 30 °C le matin, 34 °C l’après-midi. Il a fait jusqu’à 35 °C dans les classes de collègues… », souffle-t-elle.

Un bâtiment des années 1960 qui emmagasine la chaleur

Sophie exerce dans un bâtiment construit dans les années 1960, un type de construction qui absorbe la chaleur et ne la restitue jamais. « On a froid l’hiver, mais on suffoque dès le mois de mai », explique-t-elle. Cette année, l’établissement a été équipé de rideaux thermiques pour la moitié des classes, mais selon elle, « ça n’a absolument rien changé aux températures intérieures ».

Des solutions de fortune pour rafraîchir les élèves

Face à cette situation, les professeurs innovent. « Des collègues emmènent leurs élèves faire des tours dans le supermarché climatisé au-dessus de l’école, raconte Sophie. D’autres se rendent au parc en dessous, pour accéder à un ruisseau. » Elle-même a prévu de descendre au sous-sol pour asseoir ses CP sur le carrelage froid, devant la cantine.

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La mairie a livré un tuyau d’arrosage pour arroser les enfants dans la cour de récréation bétonnée. « Mais on n’a pas l’embout pour le robinet, donc on ne peut même pas l’utiliser », déplore-t-elle. L’an dernier, la ville avait fourni deux ventilateurs pour l’ensemble du groupe scolaire, soit 14 classes. Cette année, la collectivité a commandé 300 rafraîchisseurs d’air pour environ 65 écoles, soit au moins 700 ou 800 classes. « On s’attend à recevoir deux ou trois modèles. On va devoir dédier une pièce et y aller à tour de rôle avec nos élèves… C’est lunaire », s’indigne-t-elle.

Des enseignants et des élèves qui souffrent

Sophie a acheté un ventilateur à ses frais et multiplie les consignes de bon sens : toutes les dix minutes, elle demande aux élèves d’aller boire de l’eau, toutes les demi-heures de se mouiller le visage, les bras et les cheveux. Malgré cela, « mes élèves souffrent atrocement de la chaleur, c’est intenable », confie-t-elle. L’an dernier, deux élèves de CP ont fait des malaises à en vomir. Cette année, certains souffrent déjà de maux de tête.

« C’est honteux ! On travaille dans des conditions abominables », déclare-t-elle. Les adultes aussi souffrent : une collègue a fait un malaise et a dû rentrer chez elle, d’autres ont des maux de tête ou envie de vomir. « Moi, je passe ma tête sous l’eau, comme les enfants. On en est là. Comment enseigner dans ces conditions ? C’est dramatique. »

Les parents et les syndicats réagissent

Les parents, « plutôt gentils », ne savent pas forcément que les classes atteignent 35 °C. Depuis le début de la semaine, gourde et casquette sont obligatoires, mais tout le monde n’est pas équipé. Sophie soulève que les conditions ne sont pas meilleures chez eux : « Pour la plupart, ils vivent dans des bâtiments aussi chauds que l’école, on est dans un quartier populaire. »

Les syndicats alertent depuis des années. Mardi, Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, dénonçait sur France Info « le retard important en termes d'adaptation » des bâtiments scolaires au changement climatique. Dans un communiqué, le SE-UNSA et l’UNSA-Education réclament « instamment une échelle académique de vigilance climatique, articulée à celle de Météo-France, afin de déclencher des mesures de protection dès les premiers signes d’alerte ». Ils préconisent la fermeture ou des adaptations dès le niveau de vigilance orange canicule activé.

*Le prénom a été modifié.

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