Cadmium dans l'alimentation : une proposition de loi en danger
Cadmium : une proposition de loi menacée à l'Assemblée

La large contamination de la population française au cadmium, un métal lourd présent principalement dans les engrais, semble loin d'être une priorité pour les parlementaires français. L'alerte sur ce toxique omniprésent dans notre environnement avait été lancée en juin 2025 par les médecins libéraux et l'Association Santé Environnement France (ASEF). Elle a été confirmée en mars dernier par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui évoque une « surexposition » des Français à ce cancérigène avéré, suspecté de favoriser certains cancers, dont celui du pancréas.

Une contamination massive et silencieuse

Le cadmium, présent dans les engrais phosphatés utilisés en agriculture conventionnelle, contamine les sols puis les végétaux consommés par la population. On le retrouve surtout dans les pommes de terre et les produits à base de céréales. Les enfants de moins de 3 ans sont les plus exposés, avec des taux de cadmium trois à quatre fois supérieurs à ceux de la plupart des autres pays européens.

Un vote défavorable des groupes parlementaires

À l'Assemblée nationale, une proposition de loi portée par les députés écologiste Benoît Biteau et socialiste Clémentine Autain vise à limiter la présence de cadmium dans l'alimentation. Mais en avril, lors du vote des présidents des groupes parlementaires fixant l'agenda de la semaine transpartisane du 11 au 13 mai, ce texte a recueilli le plus faible nombre de voix. Les groupes Démocrates, Horizons et UDR se sont abstenus, tandis que le Rassemblement national et la Droite républicaine s'y sont opposés. Reléguée en septième et dernière position de l'ordre du jour, l'examen de cette proposition de loi est quasi impossible d'ici la fin de cette session transpartisane. « Il y a peu de chances que le texte soit débattu d'ici mercredi soir », confirme Benoît Biteau. L'élu de Charente-Maritime garde toutefois l'espoir qu'« un examen commencé mercredi à 23h30 permettrait de sanctuariser ce texte pour la prochaine semaine transpartisane, car il serait alors le premier texte à être débattu ».

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Un espoir pour juin

Le scénario le plus probable est un examen en juin, lors de la prochaine semaine transpartisane. Les présidents des groupes parlementaires se réunissent ce mardi pour voter sur l'agenda. Cette fois, Benoît Biteau croit en un « frémissement », une « inflexion » grâce à « une importante exposition médiatique ». Il bénéficie aujourd'hui du soutien de plus de cent députés, dont « Sandrine Le Feur, présidente (Ensemble) de la commission développement durable et aménagement du territoire, Vincent Thiébaut (Horizons), très engagé avec la Fédération Grandir Sans Cancer ». « J'aurai probablement la signature de la députée et ancienne ministre de la Santé Geneviève Darrieussecq, qui se tâte encore », précise l'élu écologiste. Benoît Biteau espère que son texte « se retrouve en haut sur la liste » des textes à débattre en juin.

Une proposition soutenue par les scientifiques et médecins

La proposition de loi « visant à réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l'alimentation » propose d'abaisser la teneur maximale en cadmium autorisée dans les engrais phosphatés à 40 mg/kg en 2027, puis à 20 mg/kg en 2030. Actuellement, elle est de 90 mg/kg, contre 60 mg/kg dans l'UE. Aux détracteurs qui jugent ces mesures trop excessives, Benoît Biteau, agriculteur bio, répond que son texte « n'a aucune incidence sur la capacité à produire en agriculture », puisqu'il n'est plus question d'interdire les engrais phosphatés dès 2027. « On ne menace pas non plus la compétitivité des agriculteurs, puisque les phosphates sans cadmium ne coûtent pas plus cher », insiste-t-il.

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Le texte est largement soutenu par des médecins libéraux et l'ASEF. Son président, le docteur Pierre Souvet, a récemment écrit aux présidents des groupes parlementaires : « Nous leur avons fait un nouveau résumé des alertes sur le cadmium et des pathologies qui y sont liées ». Des députés du groupe Horizons, favorables au texte, ont également été contactés. Le cardiologue souhaite que les députés s'accordent sur « des mesures politiques de réduction du taux de cadmium et des mesures agroécologiques », car « grâce à la mobilisation aujourd'hui, ils ne peuvent pas dire qu'ils ne savaient pas ». Il en appelle aux élus : « si les députés ne prennent pas les bonnes décisions, moralement et sanitairement, ce sera encore plus grave ». L'ASEF est rejointe par les médecins du collectif Alerte médicale sur les pesticides et les perturbateurs endocriniens (AMLP), qui ont également adressé une lettre aux chefs de groupe de l'Assemblée nationale.

« Si on était capable, avant la fin du mois de juin, de voter un texte qui intègre cette alerte sanitaire sur le cadmium portée par des scientifiques, ça redonnerait de la légitimité à l'Assemblée nationale », estime Benoît Biteau. Avant d'ajouter : « En cette période de défiance envers les élus, ça aurait de la gueule ».