À quelques jours des premières épreuves du bac, les parents de Victor se sentent démunis par l'attitude de leur fils. Nerveux, irritable, il évite toute discussion autour de sa préparation à l'examen. Sur son bureau s'empilent classeurs, fiches, post-it colorés et sujets d'annales. Pourtant, entre les réveils tardifs, les heures passées sur le téléphone et les sorties avec ses copains pour « se détendre », le lycéen semble ne consacrer que très peu de temps à son travail. Ce comportement alimente les inquiétudes de ses parents qui peinent à comprendre ces périodes d'inaction alors que l'examen approche. Mais plus ils le questionnent et l'encouragent, plus le jeune homme se ferme. Derrière les apparences d'une attitude adolescente ordinaire se cache en réalité une peur de l'échec particulièrement forte et invalidante.
La peur de ne pas réussir fait partie de l'expérience
À l'approche d'une échéance importante, il est tout à fait normal de ressentir de l'appréhension. Qu'il s'agisse du brevet, du baccalauréat, du permis de conduire ou même d'une simple évaluation scolaire, la peur de ne pas réussir fait naturellement partie de l'expérience. Avec le baccalauréat, l'enjeu est en plus symbolique : cet examen cristallise les aspirations personnelles, les interrogations sur l'avenir et, bien souvent, les attentes de l'entourage. Autant d'éléments qui peuvent amplifier le stress ressenti. Selon leur histoire, leur personnalité et leurs parcours, certains jeunes sont particulièrement vulnérables à ce stress. Les difficultés scolaires peuvent ainsi être un facteur de fragilité pour une partie d'entre eux. L'examen représente alors un défi important, parfois perçu comme une véritable montagne à gravir. Dans ce contexte, le stress ressenti peut constituer une réponse légitime à la complexité de l'objectif.
Une anxiété de performance chez certains jeunes
En revanche, chez d'autres jeunes, l'anxiété ne reflète pas nécessairement la réalité de leurs capacités. Objectivement compétents et conscients de l'être, ils accordent néanmoins une importance considérable à la réussite. L'enjeu devient alors si important que la peur de ne pas être à la hauteur prend le dessus : c'est ce que l'on appelle l'anxiété de performance. Elle peut trouver ses racines dans le perfectionnisme, la peur de décevoir, une faible confiance en soi, un environnement où la réussite est excessivement valorisée, des expériences d'échec marquantes ou au contraire une absence d'échec. Cette anxiété est à l'origine de nombreuses difficultés et stratégies d'adaptation. Face au blocage, ajouter de la pression produit l'effet inverse. L'enjeu : chercher à comprendre ce qui freine réellement l'élève.
Elle peut ainsi s'exprimer à travers diverses manifestations physiques et émotionnelles : maux de tête, maux de ventre, troubles du sommeil ou irritabilité. Face à elle, certains jeunes redoublent d'efforts dans une quête de maîtrise parfois excessive, tandis que d'autres se retrouvent bloqués, incapables de progresser sereinement dans leurs révisions.
En effet, lorsque cette angoisse devient trop envahissante, elle peut alimenter un flot de pensées négatives et catastrophiques – « Je vais rater mon examen », « Je n'y arriverai jamais », « Mon avenir est compromis ». Bien qu'elles paraissent irrationnelles vues de l'extérieur, ces pensées sont bien réelles pour le jeune qui les subit. Or un niveau de stress trop élevé ne favorise pas la performance. Au contraire, il mobilise une grande partie des ressources mentales et perturbe les capacités de concentration, d'organisation, de mémorisation et de prise de décision. Autrement dit, l'anxiété peut entraver précisément les fonctions dont l'élève a le plus besoin pour réviser efficacement. La peur de ne pas y arriver est alors maximale.
Face à cette angoisse de l'échec, certains jeunes développent des stratégies d'évitement. Comme Victor, ils peuvent avoir tendance à la procrastination. Inconsciemment, le fait de ne pas s'investir pleinement peut aussi jouer un rôle protecteur : un échec éventuel pourra être attribué à un manque de préparation plutôt qu'à un manque de capacités, ce qui est moins douloureux pour l'estime de soi.
Parler de ses propres échecs
Pour les parents, cette réaction est souvent difficile à comprendre. Face à la procrastination ou à l'absence apparente de travail, ils sont naturellement tentés de mettre davantage de pression, augmentant ainsi l'anxiété précisément à l'origine du problème. Il serait au contraire plus utile de chercher à comprendre ce qui se cache derrière le comportement de son enfant et ce qui le freine réellement, puis de l'aider à retrouver confiance en sa capacité à avancer.
Afin de l'aider à dédramatiser, tout parent devrait pouvoir partager avec lui ses propres échecs passés. Les enfants voient souvent la réussite des adultes sans connaître les difficultés qui l'ont précédée. Pourtant, raconter nos erreurs ou nos fragilités permet de transmettre un message essentiel : la confiance en soi ne consiste pas à réussir tout ce que l'on entreprend, mais à continuer malgré les obstacles. En lui parlant simplement de nos propres fragilités, on lui donne aussi le droit de ne pas être parfait.
Accompagner un enfant ne consiste pas à lui éviter tous les obstacles ni à résoudre chaque difficulté à sa place, mais à lui montrer qu'il a le droit de se tromper, d'être frustré ou d'échouer, tout en restant disponible pour le soutenir lorsqu'il en a besoin.
Les phrases à éviter
- « Tout le monde l'a, ne t'inquiète pas » : une phrase utilisée pour rassurer, mais qui peut accentuer la pression du jeune qui se dira « Si je ne l'ai pas, c'est que je suis vraiment mauvais ».
- « Tu n'as aucune raison d'être inquiet » : l'inquiétude est bien réelle pour lui. Mieux vaut chercher à la comprendre qu'à la contester.
- « Avec tout ce qu'on a fait pour toi, tu dois l'avoir » : ce type de remarque ajoute une pression affective supplémentaire.
- « Tu ne travailles pas assez » : préférer le questionnement : « Parviens-tu à te mettre au travail et à avancer ? As-tu besoin d'aide ? »
- « Regarde ton frère, ta sœur ou ton ami, lui au moins il gère » : les comparaisons fragilisent l'estime de soi et n'aident pas à progresser.
Relativiser très tôt l'échec
Valoriser les efforts. L'enfant ne maîtrise pas toujours le résultat, mais il peut agir sur son investissement. Souligner les efforts fournis plutôt que la seule performance favorise la confiance et la persévérance.
Lui faire expérimenter l'échec. Grandir, c'est aussi faire l'expérience de la frustration, de la déception et parfois de l'échec afin de développer son autonomie et sa résilience. Il est important que les parents lui laissent expérimenter cela dès son plus jeune âge.
Réagir après une mauvaise note. Plutôt que de le gronder, on peut l'encourager à reprendre son devoir pour comprendre. La démarche de correction peut être plus valorisée que le résultat final.
Dissocier réussite et valeur personnelle. Il est essentiel qu'il sente que l'amour et l'estime de ses proches ne dépendent pas de ses résultats. « Rater un contrôle ne diminue pas la personne formidable que tu es. »
Relativiser les conséquences. On peut lui demander : « Si cela ne se déroulait pas comme prévu, quelles seraient les possibilités ? » Cela permet souvent de prendre du recul face aux scénarios catastrophiques imaginés.



