Alzheimer et herpès : ce que révèlent les dernières études
Alzheimer et herpès : ce que disent les dernières études

Des études récentes publiées dans des revues scientifiques de premier plan apportent de nouveaux éléments en faveur d'un lien entre la maladie d'Alzheimer et l'exposition au virus de l'herpès. Les recherches se poursuivent pour confirmer ou infirmer ce scénario, alors que la pathologie, découverte il y a un siècle, reste largement énigmatique.

En France, on estime que 1 200 000 personnes souffrent de maladies neurodégénératives de type Alzheimer. Les mécanismes exacts à l'origine de son déclenchement et de son évolution demeurent mal connus, mais l'hypothèse d'une implication virale gagne du terrain.

Des lésions cérébrales caractéristiques

La maladie d'Alzheimer se manifeste par des lésions microscopiques, d'abord confinées à certaines régions cérébrales, puis se propageant à de multiples aires du cerveau. Cette progression lente et stéréotypée s'accompagne de symptômes cliniques gradués : troubles de mémoire, perturbations du langage, difficulté à raisonner et à planifier les actions. Les patients développent un trouble neurocognitif majeur menant à la perte d'autonomie, à l'isolement social et à la disparition des facultés mentales les plus complexes.

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Les lésions cérébrales sont de deux types principaux : des enchevêtrements fibrillaires à l'intérieur des neurones, constitués de la protéine tau accumulée sous une forme anormale, et des plaques amyloïdes dans l'espace extracellulaire, principalement composées du peptide amyloïde-ß (Aß). Ces deux types de lésions constituent la signature neuropathologique de la maladie.

L'hypothèse de la cascade amyloïde

Au tournant des années 90, l'identification de mutations génétiques impliquées dans la production du peptide Aß a conduit à l'hypothèse de la « cascade amyloïde ». Celle-ci propose que l'accumulation de peptide Aß est un événement fondateur qui entraîne l'ensemble des autres lésions cérébrales et mène à la démence. Toutefois, ces mutations ne concernent que moins de 1 % des patients, ce qui suggère que d'autres facteurs causaux sont à l'œuvre.

Aucun traitement préventif ou curatif efficace n'est aujourd'hui disponible, malgré un effort de recherche thérapeutique conséquent. L'identification des déterminants causaux et des facteurs modulant le risque de développer la maladie est une priorité pour de nombreuses équipes de recherche.

Des preuves épidémiologiques récentes

Un article publié dans la revue Neuron a analysé deux cohortes de plusieurs milliers de sujets finlandais ou anglais, montrant qu'une encéphalite virale augmentait de 20 à 30 fois le risque de développer ultérieurement une maladie d'Alzheimer. Ces travaux font suite à d'autres études indiquant un risque accru après infection au virus de l'herpès (HSV-1), un virus hautement neurotrope, et soulignant l'effet protecteur d'un traitement antiviral.

Plus récemment, des études quasi expérimentales menées au Pays de Galles, en Australie et aux USA ont montré que la vaccination contre le virus de la varicelle-zona (VZV), un virus de la même famille que HSV-1, réduisait significativement le risque de développer une démence.

Une hypothèse ancienne, des preuves renforcées

L'hypothèse d'un rôle des virus de l'herpès dans la maladie d'Alzheimer a été défendue il y a plus de 40 ans par le neurologue canadien Melvyn Ball. Il suggérait que les réactivations du HSV-1 pourraient s'accompagner d'une neuroinvasion et d'une dégénérescence des tissus cérébraux. Des travaux ultérieurs ont identifié des « signatures virales » dans les cerveaux de patients Alzheimer, notamment au niveau des plaques amyloïdes.

Cependant, ces observations peuvent être critiquées : une association entre infection et maladie ne suffit pas à établir un lien de causalité. On pourrait même postuler que c'est la maladie d'Alzheimer qui rend l'organisme plus permissif aux infections virales.

Un scénario en plusieurs étapes

Deux séries de résultats expérimentaux ont récemment renforcé l'hypothèse infectieuse : la découverte que le peptide Aß a des fonctions antimicrobiennes, et la capacité à induire, après infection par HSV-1 in vitro ou in vivo chez l'animal, une surproduction de peptides Aß et de protéines tau pathologiques.

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Un scénario en plusieurs étapes est proposé : infection courante par HSV-1 avec phase de latence dans les ganglions nerveux, sortie de latence favorisée par le vieillissement et le stress, réponse Aß et tau locale dans les zones infectées, puis cercle vicieux d'autoamplification menant à la propagation des lésions. Ce scénario hypothétique nécessite un important effort de recherche pour être validé.

Des travaux expérimentaux sont nécessaires chez l'animal ou sur des organoïdes cérébraux pour étudier la relation causale entre infection et marqueurs biologiques. Les études épidémiologiques se poursuivent pour affiner l'impact des niveaux d'infection. Confirmer le rôle d'agents viraux dans Alzheimer, mais aussi dans d'autres maladies neurodégénératives, ouvrirait la porte à de nouvelles pistes thérapeutiques préventives (vaccination) ou curatives (antiviraux).

Il faut néanmoins rappeler que la maladie d'Alzheimer est une pathologie extrêmement complexe et multidéterminée. Bien que 70 à 80 % de la population humaine soit infectée par HSV-1, cette infection n'est pas une condition sine qua non pour développer la maladie, comme le souligne Benoît Delatour, Directeur de Recherche CNRS à l'Institut du cerveau (ICM) de Sorbonne Université.